hubertniogretej3Petit documentaire en complément du DVD du Mariage de Tuya qui, à défaut d'évoquer précisément l'évolution du cinéma chinois (en une heure... forcément) a le mérite de se concentrer sur les cinéastes des deux dernières générations, à savoir la cinquième et la sixième. Après la petite frustration de départ de voir le cinéma d'avant guerre (1908-1932) et surtout celui allant de 1932 à 1949 - considéré comme l'âge d'or, d'une certaine façon - balayés en cinq minutes, on comprend que Niogret tente de faire surtout un état des lieux en interrogeant quelques cinéastes marquant de la cinquième génération (Chen Kaige, Zhang Yimou et Zhuangzhuang Tien) et quelques-uns de la sixième (Wang Chao, Jia Zhangke, Lou Ye et Wang Quan'an). Dans une tentative de mise en perspective historique, hommage est rendu à ce que les réalisateurs de la cinquième ont apporté au septième art chinois : pour faire court, le sens de l'Histoire de Chen Kaige, féru de littérature classique, le sens de l'esthétisme chez Zhang Yimou ou l'humanisme des oeuvres de Zhuangzhuang Tien; l'idée de faire de Tiananmen un des pivots de la réflexion pour les réalisateurs de la sixième peut paraître un peu facile mais n'en est pas moins flagrant; cette nouvelle génération (enfin, disons, en ce qui concerne les vrais cinéastes, ceux en dehors du "système"...) est en effet beaucoup plus tournée sur la réalité quotidienne de ses contemporains, sur l'aspect social, que le cinéma de ses aînés. Le discours définitivement tranchant et passionnant de Wang Chao, qui n'hésite pas à lancer des petites piques sur les oeuvres tardives de Chen Kaige et Zhang Yimou, est d'ailleurs intéressant au plus haut point (ou comment sous des couverts d'évoquer l'Histoire, ils ont faussé d'une certaine façon la réalité historique). Niogret s'efface pour donner la parole à ces "acteurs" du cinéma chinois (les films eux-mêmes sont à peine évoqués) et son docu permet de lancer quelques pistes sur l'avenir de cet art en Chine qui mérite réflexion (la place de la censure notamment ou de la piraterie, même si ce thème est, malheureusement, loin d'être traité en profondeur, notamment dans la possibilité donné à un grand nombre - surtout dans les villes - d'avoir accès à des oeuvres invisibles en salles).