jeanne_et_le_garcon_formidableIl y a comme ça des films dont on reconnaît parfaitement qu'ils sont maladroits, qui sont très loin de la perfection, et qui pourtant bouleversent. J'ai dû voir Jeanne et le Garçon formidable une dizaine de fois, et j'y trouve toujours cette fraîcheur enfantine, cette douceur mélancolique qui me font hurler d'amour, sortir dans la rue et regarder le ciel. Comme les films de Jacques Demy. Et on a beau dire, ce film-là n'est pas loin d'approcher le talent de son modèle.

Oui, je sais : c'est souvent trop fleur bleue, c'est un romantisme à la Jeune et Jolie qui pourrait gaver. Ledoyen, dans le genre, est une parfaite gamine irresponsable et non-concernée, énervante de nombrilisme et d'incompréhension du monde. Mais c'est ça qui rend le film attachant, cette puérilité totalement assumée, ces émerveillements ridicules devant une couleur, un bouquet de fleur ou un battement de vie. D'autant que ces moments mièvres sont contre-balancés à maintes reprises par un contexte social et sombre assez culotté. Comme dans les Demy, qui racontent des histoires de sirop dans un monde fermé et désespéré, Jeanne... nous place dans un "teen-movie" à l'époque du SIDA. Quelques chansons sont très dures (la bouleversante vision de la mort de Bonnaffé,9 le coming-out de Mathieu Demy, la scène d'adieu à l'hôpital...), et on entend même les noms de Pasqua ou de Cresson cités comme responsables du SIDA. Si les chansons "positives" sont souvent drôles (la chanson-titre, celles sur les achats à crédit, sur les livres), les "négatives" renvoient doucement à un contexte social contemporain très aride. Tout ça très simplement, avec des petites chorégraphies minables, maladroites, amateures, et touchantes par là-même, avec une très bonne sensibilité du cjeanneadre, des décors, des situations, des couleurs. Les voix ne sont pas posées, les corps sont maladroits, c'est la vie qui bat là, loin de toute maîtrise technique, qui aurait bousillé ces instants de grâce (Remember dans le même genre, Everyone says I love you, la merveille de Woody).

C'est beau comme tout, très émouvant, finalement assez engagé, et c'est une1 esthétique et une vision du cinéma très culottées : Martineau et Ducastel ne font aucune concession sur leurs goûts, vont au bout du bout de leur logique formelle. Total respect donc pour ce film beaucoup plus rebelle qu'il n'y paraît, en-dehors des modes et des chemins tracés. Et ça m'émeut aux larmes. Vivement ma 11ème vision.   (Gols 28/06/06)


040088_ph1_w434_h_q80Même si je trouve que l'ami Gols a eu la dent un peu dure avec Crustacés et Coquillages - d'autant qu'il y a également dans ce film quelques terribles maladresses (mais qui ici d'après mon co-blogueur donne au film un côté touchant... Sa mauvaise foi légendaire est un modèle pour moi): notons à ce sujet des faux raccords dans le montage (le photographe à Montmartre ouh là...) et deux séquences très roploplo (la libraire ou le coursier qui se rend le soir chez Jeanne) - malgré cela, je suis totalement au diapason avec lui devant sa joie devant ce film entraînant et fougueux, en dépit d'un fond bien noir. La séquence des balayeurs qui ouvre le film (ils ramassent les ordures en attendant qu'on les expulse de France - une pensée pour Brice Hortefeux, la présence du mot "ordure" dans la phrase n'étant point fortuite) est un vrai bonheur et donne le ton de ce film plein de vie malgré les sujets très graves qu'il évoque. La beauté transcendantale - le mot est faible, je sais - et la justesse de Virginie Ledoyen, décidément bien sous-employée dans le cinéma français, y est pour beaucoup - le plan final sur son visage alors qu'elle vient de péter son talon sur les pavés est tout simplement magnifique - ainsi que la légèreté des chansons et la simplicité gracieuse des chorégraphies (les références à Demy et même à Woody sont parfaitement justifiées). Même amour que le Jacques pour les dialogues minimalistes - la scène du petit dèj au lit - et même tendresse  pour les personnages secondaires - petit numéro du plombier juste pour le fun - sans avoir la morgue et le côté propret et BCBG (le petit copain bourgeois que la Jeanne finit par faire valser - après un tango...) des Histoires d'Amour d'Honoré (puisqu'on parlait justement de mauvaise foi...). Sans prétention mais avec beaucoup d'attention au rythme, bénéficiant de dialogues très enlevés, le film de Ducastel fait figure d'hymne à la vie - d'accord pour sortir dehors et pousser la chansonnette dans la foulée, mais là il fait nuit et je suis mort - malgré son lot de désillusions et de tragédies. Un petit bonheur de film (Virginie Ledoyen en qi pao et un clin d'oeil à la bière Tsingtao qui, en plus, font chaud au coeur) que l'on a envie de s'empresser à partager.   (Shang 21/09/08)    

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