18974824_w434_h_q80On aurait bien envie de crier partout que Versailles est une sous-merde boursouflée de bons sentiments réactionnaires ; on aimerait bien démonter par le menu la roublardise infâme de cette bluette mièvre qui se voudrait critique sociale ; on voudrait bien voir deux minutes Pierre Schoeller se frotter réellement à son sujet, parler des SDF d'aujourd'hui avec un peu moins de commisération faux-cul ; on voudrait bien prouver que ce cinéma-là doit tout à une morale cul-béni, qui se moque éperdument du malheur qu'il prétend comprendre... On aimerait bien, mais on sent qu'on n'est pas les plus forts : Versailles se bat du côté du manche, fait équipe avec les petits n'enfants craquants et les mamans fortes, et que voulez-vous qu'on critique quand la moitié de la salle sort en pleurant comme des veaux devant les malheurs du pauvre petit Enzo abandonné par sa maman mais récupéré par un clochard bougon au grand coeur. Ce cinéma-là drague les foules, et réussit parfaitement à les entraîner dans son sillage.

18974821_w434_h_q80Alors bon, on a beau démontrer que le maquillage de Depardieu (il est noir sur le bout du nez) ne suffit pas à rendre crédible son personnage de zonard ; que le vrai courage aurait été de le rendre odieux, ou de rendre le petit garçon déplaisant, de semer un peu de crasse dans ce film lisse comme un dimanche druckérisé ; que le monde n'est pas forcément partagé entre les bons (les routards) et les méchants (les bourgeois) ; que la fameuse "école de la rue" a fait ses preuves ; que Hector Malot est mort depuis un siècle... Devant les yeux immenses d'un enfant solitaire en mal d'amour sur fond de musique de Richard Clayderman, on s'incline, on ravale sa rage et on accepte sa défaite.