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Le premier long-métrage de Peter Weir a tous les défauts d'un premier long-métrage, et j'irai même jusqu'à dire qu'on frôle l'indigence avec ce film maladroit, bancal et relativement incompréhensible. Pas faute d'ambition pourtant : le gars essaye plein de trucs tarabiscotés, et choisit franchement une voie très originale pour raconter son histoire. On a droit à une sorte de mix entre Mad Max (pour le côté futuriste) et les expérimentations psychédéliques de l'époque (pour la mise en scène sous LSD). Mais Weir n'arrive jamais à choisir entre ses deux tendances, le film d'action spectaculaire et le film-labo, et du coup The Cars that ate Paris est assez inregardable.

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De ce que j'ai compris, il est question d'une petite ville rurale qui provoque des accidents de bagnole pour conserver sa tranquillité et son isolement (tout en récupérant au passage les pièces détachées). Un des accidentés est adopté (de force) par la ville, avec interdiction d'en sortir, pendant qu'une bande de gringos provoque la terreur au volant de bolides bruyants qui sillonnent les rues à la manière du motard de Amarcord. Bon, pourquoi pas : un tel sujet peut déployer des tas de sous-sujets plutôt intéressants, et y réussit parfois : traditions arriérées, petite vie minable (une scène de bal assez poilante), une vision passéiste de la société sur fond de violence pure. La photo du film, et la galerie de personnages effrayants dressée par Weir, emportent le morceau : on est dans la beauté tranquille de la ruralité, mais l'aspect lisse de chaque chose cache des travers horribles. L'arrivée au bal d'un tas de fous grotesques (rescapés des accidents, mais trépannés par le médecin du village) fait son effet, et souligne le fond brutal du film. Weir multiplie les références au western (les voyous habillés en cow-boys, la charge des voitures dans la séquence finale, la communauté qui s'organise pour faire front, le "sheriff" paternaliste), tout en amenant une esthétique très contemporaine et très barrée (les petits vieux qui dépiautent les voitures, les emprunts à l'image publicitaire dans la première scène).

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Mais trop brouillon, le film ne parvient jamais à être à la hauteur de ses ambitions. Trop c'est trop, et tout ça vire très vite à la foire totale. Monté en dépit du bon sens, réalisé sûrement trop vite et sans intelligence, ça tombe dans une laideur jamais justifiée. La musique est parfaitement immonde, les acteurs souvent en roue libre, et le scénario se délite sous les fausses idées de réalisation. On ne comprend bientôt plus grand-chose à ce qui nous est montré, alors que visiblement Weir voudrait bien réaliser un film populaire et choc. Je préfère les délires d'un Barbet Schroeder, à la même époque, que ce film le cul entre deux chaises. Débutant, on va dire.

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