Voilà une sympathique comédie espagnole (non ce n'est pas condescendant du tout, d'autant que j'ai pas le rire facile au ciné, eheh), un genre de mix fauché entre Bergman et -les premiers- Almodovar (déjà fauchés, c'est dire).

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Un vendeur d'encyclopédies (le bon vieux gars qui fait du porte-à-porte et se les prend souvent dans la tronche - la guerre civile espagnole, c'est pas en plus le truc le plus vendeur) se voit embringué dans le tournage de films de cul avec sa femme pour ne pas perdre son taff - il s'agit d'un projet encyclopédique danois sur la vie sexuelle dans le monde... Il se retrouve coaché au départ par un ancien assistant de Bergman et décide de vite passer à "l'action", étant cruellement en manque de thune; l'essai se révélant concluant, il se lance dans l'écriture d'un scénar inspiré essentiellement du... 7ème sceau avec une trame à la... Vertigo (ah oui côté référence, autant prendre du lourd je l'ai toujours dit). Parallèlement à cela sa femme voudrait bien avoir un enfant mais il y a un petit problème technique du côté du mari...  Si les acteurs se montrent particulièrement à la hauteur notamment dans les situations les plus scabreuses (Berger a la finesse de ne jamais tomber dans la vulgarité, pas gagné sur le papier), l'on est jamais non plus dans la comédie délirante - d'autant que les préoccupations de sa femme mine l'atmosphère générale. Il y a tout de même des séquences suffisamment audacieuses - quand le mari projette ses premiers "exploits audio-visuels" à son patron, toutes les références plus ou moins gratuites et fondées à Bergman (sa signature authentique sur le porte-voix de l'assistant, énorme) - pour que le film constitue une comédie très honnête. Reste à voir ce que pourrait faire le Pablo avec un peu plus de moyens.   (Shang - 25/09/07)


18401926_w434_h_q80Je serai franchement plus sévère que mon camarade sur ce film faussement humaniste, qui cache mal sous des airs tendres une condescendance gênante vis-à-vis de ses personnages. Le film raconte effectivement ce que dit mon gars Shang ; mais il raconte aussi et surtout qu'il faut savoir rester à la hauteur de sa petite vie de merde. Berger a tôt fait de renvoyer son personnage dans son box, le condamnant de vouloir devenir un grand cinéaste, annihilant toutes ses ambitions, aussi belles soient-elles. Quel mal y a-t-il à vouloir devenir Bergman ? Pour Berger, il y en a un, et il s'occupe avec application à fermer un à un tous les espoirs légitimes de son cinéaste amateur. Sans cesse en jugement, sans cesse dans un discours moralisateur, Torremolinos 73 est un éloge de l'immobilisme, et finalement un film qui utilise ce qu'il voudrait combattre : la bourgeoisie. Ajoutons à cela quelques parallèles pénibles (la stérilité sexuelle en regard de la stérilité artistique, l'opposition entre petites 18401927_w434_h_q80gens et vie sexuelle épanouie), une grande maladresse de construction dans le scénario (pleins d'anomalies psychologiques dans le personnage de la femme), une moralité très bien-pensante (famille, famille, famille, avec surtout une scène horrible : un homme doit donner un échantillon de sperme, et plutôt que de se branler sur les filles des magazines, il sort la photo de sa femme de son portefeuille), et une certaine prétention hautaine qui le place sans arrêt au-dessus de ses personnages, vous obtenez un film qui se voudrait méchant et qui est finalement très judéo-chrétien. Ca lorgne à mon avis plus du côté de la comédie italienne des années 70 que d'Almodovar, sans en avoir la puissance provocatrice.

Chacun à sa place, semble dire le film, les génies avec les génies, les ringards avec les ringards : on peut espérer mieux comme message.   (Gols - 20/09/08)