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Jack Clayton aux manettes, l'excellentissime réalisateur du trop méconnu The Innocents (1961), Francis Ford Coppola au scénar, le couple glamour Redford/Farrow en tête d'affiche, on était en droit d'attendre beaucoup de cette adaptation. Et on tombe tout de même de haut, malgré la fidélité à la trame (mais simplement en surface, pas en profondeur), devant ces images dont l'esthétisme rappellent parfois celui d'une pub pour savon des années 70 (cette maladie de faire briller le moindre éclat en forme d'étoile) -, des acteurs qui peinent à incarner les personnages, l'absence d'âme au final du projet. Au niveau de la reconstitution, la production s'est mise en frais (3000 figurants en costume des années folles devant cette demeure aussi imposante qu'un pudding en stuc): on a droit du coup à de multiples plans sur ces danseurs échevelés, mais on perd aussi en filigrane toute la tragédie et la noirceur de la destinée du Gatsby qui fait du rêve américain une blague de gosse.

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Il fait certes chaud lors de cet été américain, mais était-il bien utile de montrer constamment les personnages masculins (notamment ce pauvre narrateur Nick Carraway et Gatsby) constamment en sueur - on dirait presque que le maquilleur s'est fait la malle. C'est un détail, vous allez me dire, caractéristique de ma mauvaise foi, mais révélateur de la façon dont les traits sont parfois appuyés. Le flash-back sur la première rencontre entre Gatsby et Daisy atteint des sommets dans le kitsch (voix d'outre-tombe, image floutée sur le pourtour, posture statufiée des acteurs, et une musique (signée ni Waxman ni Herrman (c'est pas bien Gols de se moquer des gens...) mais Nelson Riddle) dégoulinante au possible. L'image est parfois aussi plate et terne qu'une série américaine de l'époque et on frémit en pensant au génie de la mise en scène des précédents films de Clayton. L'idée de reprendre le poster géant de la publicité pour un occuliste (genre de Big Brother qui surveille les personnages, mélange de symbole divin et du destin) est plutôt bonne mais reprise une douzaine de fois... Tout comme l'idée originale de la bague verte de Gatsby, qui lui rappelle la lumière verte sur le quai de la maison de Daisy, sur laquelle on insiste un peu lourdement. Tout le passé de Gatsby est oblitéré - notamment sa rencontre avec le yachtman qui va le lancer sur les rails de sa destinée - et le drame du personnage de Gatsby, joué par un Redford certes charmeur mais hiératique, est du même coup à peine effleuré. Peu d'alchimie, qui plus est, entre Redford et Farrow, ce qui ajoute à ce sentiment général de superficialité, de convenu des situations. Les personnages enfin de Tom Buchanan, de sa maîtresse et de son mari, le garagiste, sont vraiment caricaturaux au possible. Bref, l'effort d'adaptation est certes louable, mais manque définitivement le feu sacré de l'écriture de Fitzgerald : guère d'ironie voire de cynisme, des "illustrations" historiques très stéréotypées et toute une dimension tragique, dans cette destinée en forme de courbe de Gauss, à peine évoquée. Un pétard un peu mouillé à l'eau de rose. 

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