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Bon, les enfants, là, il va bien falloir finir par le hurler sur tous les toits : Monte Hellman est un génie. C'est le troisième film que je vois de lui, et à chaque fois c'est le même tombage sur le cul devant l'audace incroyable de ce type. Pas étonnant qu'Hollywood l'ait oublié : ses films sont absolument anti-conventionnels, ne cherchent jamais à caresser dans le sens du poil, et pratiquent le mystère avec un brio et un courage inconcevables au sein de la production ricaine moyenne. Le plus bluffant étant qu'il s'appuie sur des grands genres hollywoodiens (le road-movie ou comme ici le western) pour en décortiquer les règles et en exploser les passages obligés.

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Ramassé en 1h18, simple comme un poème, aride comme du Beckett en fin de vie, Ride in the Whirlwind (le titre français ne correspond à rien) raconte une histoire qui tient sur un timbre-poste : trois types innocents se retrouvent malgré eux au coeur d'une traque de criminels par la milice, et fuient à travers les collines pour échapper à la pendaison. Point barre. Hellman enregistre simplement le passage du jour à la nuit, retranscrit les dialogues secs de ces personnages austères, et efface tout ce qui pourrait gêner l'avancée du destin. Ces trois-là viennent de nulle part, ne vont nulle part, ils sont juste dans l'instant présent, dans la fatalité de leur sort dont ils ne se plaignent même pas. Il y a bien ça et là quelques bribes de passé qui ressurgissent, mais sans jamais que le film n'explique quoi que ce soit : on ne saura pas qui est ce Caine dont ils parlent de temps en temps, on ne saura pas qui sont réellement ces cow-boys, on ne saura rien d'autre des personnages que ce qu'on voit à l'écran. Même la fin reste ouverte, comme si le film décidait qu'on en avait assez vu, et qu'il n'était pas la peine d'aller plus loin.

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Les personnages, profondément humains, ne correspondent à rien de ce qu'on connaît dans les westerns traditionnels. Où a-t-on déjà vu un cow-boy se plaindre de son mal aux pieds, pleurer devant la mort de son compagnon, ou jouer aux dames alors que le danger s'approche au-dehors ? C'est pas grand-chose, mais cette grande véracité de caractères emporte le morceau : on se croirait parfois presque dans un documentaire. Les acteurs, jeu atone et verbe rare, sont au diapason de ce style : ils conservent la virilité élégante et classique du genre, mais sont aussi opaques, mystérieux, profonds sans que Hellman n'explique en quoi ils sont profonds (on sent bien que la jeune femme croisée par les cow-boys est plus que ce qu'elle montre, mais on ne nous en dira pas plus). Comme dans ses autres films, Hellman parvient à créer une atmosphère métaphysique, abyssalement profonde, alors qu'il ne se passe réellement rien à l'écran, alors qu'on n'assiste qu'à une course-poursuite dans le Far-West. Il sufit qu'il montre un homme aux prises avec une grosse bûche récalcitrante, ou un cow-boy au regard fixe, ou trois hommes qui discutent autour d'un feu de camp, pour que l'ambiance devienne étrange, intrigante, dérangeante. C'est beau et puissant comme du Van Sant. Peut-être qu'on a tendance à se la péter parfois avec nos critiques (pour répondre à notre ennemi du moment, Merej (cliquez, pour montrer qu'on est élégants)), mais là, je m'incline avec humilité devant ce génie méconnu.

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