Bien que la construction du film paraisse moins élaborée que celle d'un Haneke (on pense au Septième Continent), le dénouement en est tout autant effroyable et glaçant. En une vingtaine de longs plans-séquences (si l'esthétisme a vieilli, la mise en scène n'est pas celle d'un manchot), Fassbinder nous narre la vie de cet homme tout à fait normal en apparence à défaut d'être particulièrement brillant et original. On a beau être prévenu par le titre, le final tombe comme un couperet, nous assomme comme un chandelier.

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Herr Raab, dit Herr R. pour les intimes, est un petit dessinateur de bureau. Blagueur avec ses collègues mais un peu sectaire au demeurant (voir la discussion avec Hanna Schygulla à laquelle il reproche sa coiffure trop "voyante" et son absence de but dans sa vie), il est un père de famille gentillet avec sa femme et parfois attentionné envers son fils (ils l'ont appelé Amadeus mais il est loin d'être une lumière...). Même s'il semble avoir quelques difficultés à s'extérioriser, voire même parfois tout simplement à communiquer - il est totalement muet lors de la visite de ses parents (faut dire la Mutter tient le crachoir), impassible devant l'institutrice de son gosse, en dehors du coup face au bla-bla de la voisine -, il se laisse parfois aller quand il en a un petit coup dans le nez -comment se griller devant son boss en 3 minutes- ou lorsqu'il rencontre un ancien camarade. Personnage lisse, un peu mollasson, il est le seul à vraiment apprécier -et peut-être à comprendre - la vieille fille renfermée qui travaille à ses côtés. Une séquence, sûrement la plus drôle et la plus caustique du film, le montre à la fois plein de bonne volonté lorsqu'il se rend chez un disquaire pour retrouver la chanson qu'il a écoutée à la radio - il veut l'offrir à sa femme - mais surtout diablement pathétique devant les deux vendeuses qui se demandent, ma foi, d'où il sort... Pas un mauvais bougre, pas l'homme le plus expansif du monde certes, un type lambda ou R. qui respire po la joie quoi... Heureusement, le docteur aura le don pour lire à travers lui, lorsque constatant un certain "surmenage", il lui demandera d'arrêter de fumer... Mais pouvait-on vraiment deviner qu'il allait péter les fusibles ? Je pose la question, puisque c'est la journée des titres sous forme interrogative.

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Les plans-séquences nous montrent quelques tranches de vie de cet individu, mais surtout donnent l'impression d'un flux perçu dans sa continuité. A défaut d'être ultra dynamique, le film nous amène gentiment vers cette fin terrifiante sans jamais tenter de porter de jugement sur ce personnage ni résoudre une énigme. Herr R. a peut-être souffert d'une mère trop possessive et autoritaire, son taff lui a peut-être aplati peu à peu le cerveau, les discussions avec sa femme l'ont-elles saoulé, ou est-ce toute cette comédie humaine et ces paroles en l'air qui ont fini par le faire craquer ?... On ne sait po vraiment et c'est bien ce qu'il y a de plus terrible dans la violence des actes qu'il va commettre. Réalisés dans une sorte d'urgence, ces soi-disant "petits" films de Fassbinder n'en sont pas moins souvent passionnants. J'ai en tout cas, pour certains d'entre eux (Rio das Mortes par exemple), un vrai petit faible.

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Fassbinder ist in there