Une comédie légère du père Ozu qui fonctionne parfaitement grâce à la parfaite alchimie entre un oncle, Komiya, (Tatsuo Saito dont la finesse du jeu n'a d'égale que celle de sa moustache) et sa nièce Setsuko (la pimpante Kayoko Kuwano). Cette dernière apporte toute sa jeunesse et sa modernité au sein du couple que forme l'oncle avec sa femme un peu coincée et stricte. Les quelques séquences, également, entre nippones qui jouent à la Desperate Housewives - en avance sur son temps Ozu, bien sûr...-, ainsi que celles qui mettent en scène un étudiant avec la nièce ou avec des écoliers sont toujours parfaitement enlevées et teintées d'humour.

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Komiya est un docteur pépère qui ne perd pas une occasion pour tromper la vigilance de sa femme. Il lui échappe le week-end en lui disant qu'il part faire un golf alors qu'il rôde dans un bar pour boire tranquillement son sake. Il trouve rapidement en sa nièce - mineure et pleine d'entrain - une alliée de choc avec laquelle non seulement il trinque mais qu'il entraîne aussi dans des maisons de geishas, en tout bien tout honneur. Lorsqu'elle rentre passablement ivre à la casa (de bonne compagnie la chtite Setsuko), elle se prend une rouste par sa tante, et son oncle feint d'en remettre une couche lors d'une scène du meilleur comique. Seulement la tante ne tarde pas à apprendre que son mari lui a menti, commence à monter sur ses grands chevaux et la nièce de pousser le Komiya à la rébellion : ce dernier retourne une baffe à sa femme (chez Ozu, cela équivaut à 5 ippon, 24 yuko et 12 wasari) pour la remettre à sa place avant de s'excuser platement (sa femme accepte cette baffe et en plaisante finalement avec ses amies, comme si son mari prouvait ainsi sa "virilité" : c'est très limite, avouons-le au passage. Bien qu'elle semble ensuite faire preuve d'un peu plus de "compassion" ou d'empathie envers les autres, il y avait d'autres moyens moins violents pour lui rappeler ce qu'elle avait "oublié" - pour faire référence au titre). Cela dit l'oncle, qui regrette son geste, tout de même, explique à sa nièce (qui le tance d'avoir demandé pardon, un peu garce la chtite), que dans un couple, il faut savoir parfois feinter, faire croire à sa femme qu'elle a raison, pour mieux arriver à ses fins (malin le Ozu, sous ses petits airs de ne pas y toucher). La nièce semble retenir la leçon en en discutant à la cool avec l'étudiant, une scène qui annonce leur futur mariage. Dans le même temps, Komiya et sa femme semblent définitivement rabibochés et l'ultime séquence est remplie d'allusions ultra coquines qui surprennent un poil dans l'univers ozuesque...

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Qu'elle soit passablement bourrée, qu'elle feigne de se faire engueuler ou qu'elle déplie ses jambes sans aucune gène sur le tatami, la grâce de Kayoko Kuwano est un régal. Il y a également cette très jolie scène où Ozu suit ses pas et ceux de l'étudiant (le paisible travelling avant du Maître), marchant de concert dans la rue : le flirt est engagé, avant même que des paroles soient échangées. Le poids des images... Pour ce qui est des "mots", avant chaque séquence dans le bar, on a droit à cette citation de Don Quichotte: "Je bois pour célébrer certaines occasions, je bois aussi quand il y en a pas" (traduction très libre, hum...) qui apporte son petit lot de philosophie roublarde. Inspiré de toute évidence par les comédies américaines, Ozu se plaît à enchaîner les répliques ponctuées de petites réflexions vachardes, tout en confrontant les générations : ce subtil mélange de tradition et de modernité sur lequel il ne cessera de revenir dans son oeuvre future.   (Shang - 05/09/08)

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Je vais avoir du mal, puisque mon compère a parfaitement noté les qualités (c'est frais, léger, très bien joué) et les défauts (c'est douteux au niveau du regard sur le couple, c'est très mineur) de ce Ozu. Ajoutons, pour faire semblant d'avoir quelque chose de plus à dire, qu'une des thématiques ozuesques trouve là un de ses meilleurs exemples : celui du dialogue possible ou impossible entre les générations, la complicité entre la jeune fille et son oncle se teintant des espiègleries de la jeunesse. Bien beau couple, en effet que celui-ci, et on est étonné par la modernité du regard d'Ozu sur la jeune fille, qui se beurre la gueule sous le regard mi-effrayé mi-admiratif du vieil oncle. On note aussi ce premier plan très curieux, un travelling avant embarqué sur le phare d'un voiture qui occulte les trois-quarts de l'écran, ainsi qu'un très beau montage dans les scènes dialoguées, le gars est vraiment le maître de ce côté-là. Après, oui, on est plus dubitatif devant les élans machistes du film (que le titre, français en tout cas, rappelle avec de gros sabots bien lourdauds), on sait que Ozu sera beaucoup plus moderne et émancipé par la suite. Pour le reste, relisez le texte de mon compère, tout y est.   (Gols - 19/07/17)

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