2385_22Les Sept Samouraïs, c'est un Ran réussi. Si AK s'y occupe beaucoup de scènes d'action, si le film est d'un lyrisme puissant, si les séquences de bataille valent leur pesant de bravoure, jamais il ne se laisse aller à la simple contemplation de tactiques militaires énormes : il reste au plus près des hommes, atteignant même une surprenante intimité là où Ran restait assez froid.

Du grand spectacle, il y en a pourtant là-dedans. Mais il est toujours compensé par de longs moments de calme qui laissent aux personnages tout loisir de se dessiner. Chaque samouraï enrôlé par Kambei (ils sont chargés de défendre un village de paysans contre une horde de bandits hurlants) a son ticket à jouer, et chacun aura 2385_11son moment de gloire : l'un, d'une austérité glacée, va sortir de ses gonds à la mort de sa femme ; l'autre va avoir droit à son petit coming-out de looser (pas un sou, obligé de couper du bois pour survivre) ; un autre va montrer ses talents de mîme... S'attarder ainsi sur ces mille petites biographies confère au film une humanité précieuse, et du coup les scènes de bataille sont plus incarnées : on tremble pour ces personnages qu'on a vus vivre, aimer, dormir, jurer ou faiblir. Les deux plus importants : un jeune gars qui rève de devenir samouraï, et qui va se laisser tenter par l'amour sur fond de fleurs blanches ; légèrement ambigü (il tombe amoureux de la fille en pensant qu'elle est un garçon, il jette des regards énamourés sur le ronin héroïque), 2385_15tout mignon au milieu des bagarres sanguinaires, il finira dans la mélancolie totale, perdu au milieu des morts. Et puis surtout Kikuchiyo, porté par l'incroyable Toshiro Mifune : un pantin bondissant, hystérique, cabotin, qui cache mal son désespoir d'être né paysan sous un arsenal de farces impossibles ; Mifune bouge en génie absolu, emplissant l'écran de ses bonds de cabri et de ses hurlements de rire, faisant le lien entre le clown de Rashomon et la bravoure de Yojimbo.

Kurosawa prend également tout son temps pour faire exister son village de paysans : il filme ceux-ci dans leur quotidien, suant aux champs, se regroupant dans leur misère, parfois désolants de 7samouraiMifune2lâcheté, parfois héroïques. Finalement, le mélange samouraïs-paysans ne se fera pas, et AK constate avec une certaine amertume cet atavisme social fait de superstitions, de préjugés et de méfiance. "Ce n'est pas nous qui gagnons, ce sont les paysans", prononce un des ronins à la fin.

Mais Les Sept Samouraïs est avant tout un brillant film d'action, qui regorge d'idées quand il s'agit de filmer les batailles. Le final sous la pluie est tout simplement énorme, une bagarre dantesque pleine de bruit et de fureur. Bref, c'est un chef-d'oeuvre qu'on voudrait voir durer jusqu'au bout de sa vie.

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