Oeuvre ambitieuse et exigeante que celle d'Alain Resnais, qui sans aucune esbroufe et à l'aide d'un montage savant, tente de démonter tous les rouages d'une affaire politico-financière qui a secoué profondément le début des années 30. Menée par le mégalomane et petit malin Serge-Alexandre, mieux connu sous le nom de Stavisky par les services de police, cette histoire de gros sous qui éclabousse les personnes les plus hauts placées se finira tragiquement par la mort controversée de ce dernier, un homme enjôleur et plein de charme qui finira sur le tapis (il y a peut-être un jeu de mot... Autre temps, mêmes maux...).

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On sait qu'Alain Resnais n'est point homme à tomber dans la facilité et il faut reconnaître qu'il faut parfois s'accrocher pour suivre tous les tenants et les aboutissants de l'intrigue : montage en parallèle, peu évident à l'origine avec la présence de Trosky en France, flash back et forward à l'avenant, multiplicité des 1f7b_1personnages dont il est parfois peu évident de savoir dans quel camp ils se trouvent, rien n'est gagné d'avance pour savoir où Resnais veut nous emmener. Heureusement, les pièces du puzzle s'assemblent peu à peu, on sent qu'à mesure que la déconfiture s'annonce chacun cherche à minimiser son rôle, que ce sourire figé sur le visage du Serge-Alexandre (Bébel, impec) ne pourra s'effacer que dans le sang. Rien n'empêchera, malgré tout, le scandale d'éclater et de provoquer de profonds remaniements au gouvernement. Belmondo a le don pour embobiner les femmes à grand renfort de bouquet de fleurs, comme celui d'enrôler dans ses malversations une foule de personnages influents qui ne crachent jamais sur l'argent. Bien que les coutures de ces drôles de montages financiers craquent, Bébel continue de croire en sa bonne étoile jusqu'au bout. Pourtant les signes annonçant une fin dramatique abondent (ce rêve de chute en voiture que fait la sublime Anny Duperey, cette scène où Serge-Alexandre défie la mort en se couchant sur la tombe de son père - qui s'est suicidé pour avoir vu son nom souillé par son fils, ce rôle de spectre d'Intermezzo qu'il se plaît à jouer lors d'une audition,... jusqu'à ce petit écureuil mort dans la forêt que frôle un Bébel qui vient de se proclamer Alexandre le grand). Cet homme qui se voit déjà en grand seigneur n'est en fait qu'un ballon de baudruche qui entraîne dans son tourbillon de petits profiteurs poseurs sans envergure : le drame est d'ailleurs bien là, comment ces soit-disant hauts personnages ont pu se laisser avoir par ce guignol(o)... L'argent, toujours l'argent ma bonne dame, et ce côté tape-à-l'oeil du Bébel qui aveugle les plus "crédules" (tant qu'ils en profitent).

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A peine un soupçon de romantisme, juste le bruit d'un coup de feu au loin, Resnais, sur un scénario de Semprun, ne cherche pas, on l'a dit, le spectacle. Effectuant un travail de consciencieux horloger, il tente de mettre en scène tous les petits mécanismes de la société qui ont permis d'en arriver là. A défaut d'être toujours captivante -des temps morts, peut-être- l'oeuvre est d'une intelligence aiguë, comme une radiographie glaçante d'une époque révolue - enfin...- (cela me fait penser, pour l'anecdote - quoique -, à l'apparition fugace de Depardieu en inventeur du "matriscope", l'ancêtre de l'échographie). Un Resnais fort.

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