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L'Année des treize Lunes est souvent considéré comme l'un des films les plus personnels de Fassbinder, écrit et réalisé dans la foulée du suicide de son amant (le Rainer l'avait po invité à son anniv', l'aut' l'a mal pris, na). Si le rythme du film est définitivement lent - ah c'est po l'ouverture des J.O. -, il propose une réflexion profonde sur le personnage d'Erwin/Elvira, une sorte de quête de personnalité et d'amour désespérée... Mélant des passages d'un réalisme sanglant au burlesque le plus échevelé - la parodie d'une comédie musicale de Jerry Lewis par l'inénarrable Gottfried John, Dieu, ça envoie! - le film est une sorte de concentré du RWF, stylistiquement parlant.

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Erwin est devenu Elvira suite à une opération à Casablanca. Marié, un enfant, Erwin a décidé de devenir une femme par amour pour Saitz, un homme qui l'a tout de même ensuite envoyé paître. Il vit maintenant depuis pas mal de temps avec Christoph, un type qui le lourde dès le début du film... Notre Elvira va alors s'engager dans un véritable parcours du combattant sur deux jours, à la recherche de lui-même en quelque sorte, le faisant croiser des personnages aussi divers que son ex-femme, sa fille, une nonne qui s'occupait de lui après avoir été abandonnée par sa mère, le fameux Saitz, personnage trouble sorti des camps et dorénavant homme d'affaires en contact avec la pègre, son amie dévouée Zora (Ingrid Caven), un journaliste... la liste est longue et il serait quelque peu fastidieux de vouloir résumer l'intrigue. Erwin/Elvira semble écartelé entre son passé d'homme et son présent de femme (il porte ces derniers temps de plus en plus souvent ses habits d'homme, pour aller se prostituer, pour chercher du travail (forcément il est équarrisseur de formation, ça passe mieux) ou pour renouer des liens avec sa femme et sa fille. Questionnement sur son changement de sexe mais également sur ce besoin affectif qui le tarabuste depuis son plus jeune âge, une époque qu'il semble avoir volontairement oblitérée de sa mémoire; il finit par se rendre au couvent où une soeur (la mère de Fassbinder, ça sent les couches de signification multiples...) revient sur le traumatisme de son enfance. On frôle également souvent l'absurde, notamment dans le récit de cet homme, en phase terminale, qui ne quitte plus des yeux, jour et nuit, le bureau de celui qui l'a renvoyé - il ne supporte point la maladie -, le trouble Saitz; lorsque Elvira finit par le rencontrer, ce dernier semble feindre au départ de l'ignorer avant de se lancer dans un délire total; il se rendra ensuite chez Erwin et ne trouvera rien de mieux que d'emballer sous ses yeux Zora, ce qui enfoncera encore un peu plus notre héros, de plus en plus livré à lui-même... La tragédie finale, sous les yeux de l'ensemble des personnages, comme des funérailles avant l'heure, semble fatale, comme la chronique d'une mort annoncée.

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Pas toujours évident de suivre les méandres de la pensée fassbinderienne dans ce parcours en miniature d'un homme dépressif. Si dès les premières images (avec ces trois mille petits miroirs), on sent que cet individu est morcelé, on a droit ensuite à un festival de séquences d'un réalisme souvent cru (notre homme qui se fait tabasser par des homos dans la scène d'ouverture, son amant qui n'y va point de main morte avec lui ou cette séquence dans les abattoirs d'une cruauté terrible) qui alterne avec des passages complètement décalés - une femme de chambre hystérique, un homme suicidaire, un chauffeur-garde du corps... On perd parfois un peu le fil, le Fassbinder semblant nous entraîner dans le labyrinthe de son univers émotionnel et artistique (il est au générique présent dans quasiment tous les domaines techniques). Pas toujours évident d'accès - je le reconnais, oups -, mais une oeuvre qui nous entraîne magistralement dans ses tourbillons existentiels.      

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Fassbinder ist in there