18382960_w434_h_q80C'est du film indie à mort, réalisé visiblement avec 3 dollars et un baquet de flotte, mais le résultat est franchement convaincant. Kentis fait de sa pauvreté financière une force, et Open Water est un film d'horreur sans effet, modeste, frontal, qui apporte son lot de frissons.

L'histoire est réduite à la portion congrue : un couple part en vacances dans les Caraïbes ; petit stage plongée, mais l'organisateur fait une boulette dans ses comptes et abandonne malencontreusement nos compères en plein océan ; les 24 heures qui vont suivre vont être peu rigolotes pour nos amis, l'océan étant plus proche de Jaws que de Nemo. Le film se plante complètement dans ses 10 premières minutes : une tentative de doper la biographie du couple, en les montrant saturés de travail, ou aux prises avec leur désir sexuel déclinant, partie inutile qui met à jour la quasi-nullité des deux acteurs. On comprend que Kentis veut nous les rendre attachants en nous montrant leurs petites vies de tous les jours, mais ils sont finalement assez antipathique, c'est raté.

Par contre, dès le début de l'escapade-plongée, ça devient vraiment intéressant. Choix esthétique ou manque de moyens, en tout cas l'utilisation de la DV ajoute un côté "film de vacances" tout à fait cruel, qui 18382959_w434_h_q80pour le coup nous rend les personnages proches. Quand les tourtereaux se retrouvent abandonnés en pleine mer, le film prend toute son ampleur. Condamné à ce décor plat et immuable, Kentis n'essaye pas de détourner l'attention (mis à part quelques digressions terrestres inutiles) : il filme la mer, éternellement, à la hauteur du visage des héros. Les évènements sont rares (un requin qui mordille, une crampe, une ch'tite sieste, une engueulade), et c'est ça qui crée la tension ; il ne se passe rien d'autre que ça, un couple perdu dans l'immensité et que tout le monde a oublié. On ne réagit pas à l'action, mais à l'horreur totale de ce vide irrémédiable. Et bien sûr à l'inconnu qui se situe sous la surface. Kentis arrive à rendre palpable ce mystère invisible : les vues sous-marines sont rares, mais toujours glaçantes. On distingue un requin lointain, de vagues formes inquiétantes. On finit par se mettre vraiment à la place des personnages, horrifié du fait qu'on ne voit pas le danger, mais qu'on le sente partout. L'apogée se situe pendant la séquence nocturne, où on ne distingue plus rien que des silhouettes fugitives dans les éclairs de la tempête, que des cris essouflés dans le noir. C'était déjà la méthode Tourneur : compenser le manque d'argent par la suggestion.

open_water_en_eaux_profondes_open_water_2003_referenceTout ça n'est pas parfait, bien sûr : acteurs minables, musique trop explicative, quelques filtres colorés trop fabriqués. Mais Open Water fait peur, réellement, et ce avec des moyens vieux comme le cinéma, sans crânerie, sans esbrouffe. Pourvu que personne ne confie jamais le moindre centime à Chris Kentis, pour qu'il continue à nous faire des films comme ça.