Sur le papier, ça ressemble à un vague téléfilm de la 2, un de ces machins prévisibles pleins de sentiments forts et de tension qui mange pas de pain. Et c'est vrai que ça y tombe souvent : une photo quelconque, une musique au kilomètre, des figurants perdus, une écriture appuyée, rien pour plaire a priori.

18951183_w434_h_q80

Et pourtant Safy Nebbou a un vrai regard de cinéaste, un vrai sens de la mise en scène. On est loin du génie, bien sûr, mais le film réserve, au détour d'une scènes banale, quelques moments très bien construits, qui fait que L'Empreinte de l'Ange sort un peu, sporadiquement, du cinéma français pépère et oubliable. Elsa (Frot) croit reconnaître dans la fille de Claire (Bonnaire) le bébé qu'elle a perdue il y a 7 ans ; elle devient carrément obsédée par cette idée, jusqu'à suivre partout la petite fille, jusqu'à devenir inquiétante. Se tissent alors entre les deux mères de troublants rapports. Sur cette trame peu intéressante, Nebbou multiplie les instants de tension, entretenant avec brio un suspense psychologique qu'il décide de rendre sans cesse Sans_titreconcret. Les simples scènes de dialogue entre les deux femmes, exercice de style casse-gueule par excellence, sont vraiment intéressants : grâce aux actrices bien sûr, parfaites, très bien dirigées dans leurs rythmes et leurs postures, mais aussi grâce à un montage original et dynamique. La rencontre des deux sur les gradins d'une patinoire, notamment, force le respect : Nebbou les montre de profil, chacune se tournant discrètement vers l'autre pour venir chercher le face-caméra, avec juste, avant chaque coupe, une demi-seconde de pause qui déclenche immédiatement l'étrangeté, la tension, l'inquiétude. Le regard frontal de Bonnaire, le jeu opaque de Frot, servent à merveille cette ambiguité. Bonnaire, surtout, joue à la perfection cette mère de famille middle-class bien satisfaite dans son confort.

Et puis il y a LA scène-climax du film, vraiment bluffante : un jeu très complexe de rapports entre els personnages lors d'un gala de danse. La scène est un copié-collé de celle de l'opera dans The Man who knew too much de Hitchcock, utilisant les mêmes plans courts sur des visages inquiets, la même musique pour faire monter le suspense, le même sens incroyable de l'espace. Comme chez Hitch, une tragédie minuscule se joue au milieu de l'immensité, et Nebbou réussit parfaitement à copier le maître. Certes, c'est du plagiat, mais très bien fait, très intelligent. La scène est superbe.

18951180_w434_h_q80Pour le reste, c'est assez banal et souvent maladroit. Le scénario est attendu comme tout, et le film trop long de 20 minutes. Comme souvent dans ce genre de cinéma "avec coup de théâtre final", Nebbou ne fait pas confiance à son public, et, alors qu'on a compris le dénouement depuis un moment, il rajoute des explications inutiles et des scènes fastidieuses. L'Empreinte de l'Ange aurait été bien plus beau sans ce final désolant, s'il avait compté sur l'intelligence de son spectateur. Il est déjà au point au niveau de la direction d'acteurs et sait répondre présent dans les moments de bravoure, c'est déjà pas si mal.