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Preuve éclatante que les bonnes intentions ne suffisent pas à faire un bon film, Lions for Lambs est un énième film raté de Redford. Pourtant, il avait décidé ici de radicaliser un peu son style, délaissant les grands sentiments pour l'analyse politico-économico-médiatique du conflit en Irak. Du coup, le film est assez austère, montrant (très très) platement des gens qui parlent, qui parlent et qui parlent. Alors c'est parfois intéressant, disons pour un élève de collège désireux de se renseigner sur les tenants et aboutissements de cette guerre.

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En donnant équitablement la parole à toutes les sensibilités, Redford fait preuve d'une belle pédagogie, et on a l'impression d'un sérieux résumé de la situation. Il y a là : un sénateur aux dents longues, pro-guerre, faisant passer l'image de l'Amérique au-dessus de tout (et ses arguments sont malheureusement très valables) ; une journaliste consciente de sa complicité passive ; deux militaires se faisant bousiller par conviction humaniste ; un vieux prof de géopolitique qui réfléchit sur le sens de l'engagement ; et un petit jeune déjà sur la pente de l'indifférence. A travers tous ces caractères, Redford tente de faire le tour du problème, et son talent est de refuser tout manichéisme facile : on écoute chacun avec attention, les acteurs ayant le tact de ne pas trop souligner leurs convictions. Seulement, le problème, c'est que tout ça reste du domaine de la "théorie filmée". Lions for Lambs est complètement privé de sève, et aurait plus sa place à la radio, ou sur History Channel (dont se moque le sénateur).

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Empêtré dans ces scènes qui n'en sont pas, Redford utilise un montage d'une absolue médiocrité : comment filmer une succession de dialogues, si ce n'est, comme ici, en bricolant des champs/contre-champs pépères (on filme celui qui parle, 35 plans comme ça, puis un petit plan d'ensemble pour faire croire qu'on ne dort pas, puis rebelote) ? Il tente bien de donner un peu de peps en montant ses 3 parties différentes en parallèle, en tentant le "temps réel" (le tout est censé se passer en un peu plus d'une heure), mais il échoue totalement à donner l'impression d'une quelconque immédiateté ; il se réfugie bien vite dans des flash-backs maladroits qui cassent le rythme. Se rendant compte du naufrage, il ressort alors ses disques pleins de violons et livre un final héroïque à la con, qui démolit tout le petit équilibre formel qu'il avait construit.

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Redford n'est pas metteur en scène, en voilà l'ultime preuve : il est un brave gars engagé, sûrement, un directeur d'acteurs honnête (mais ses stars (y compris lui) sont ici sous-employées), mais sa réalisation est désolante et austère. Mieux vaut lire un bon vieux livre sur le sujet plutôt que de voir ce film, qui aura le seul mérite de témoigner, quand tout ça sera fini, de l'absurdité de cette guerre.