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Larisa Shepitko signe ce premier long métrage à la sortie de ses études et s'impose d'entrée de jeu dans le paysage cinématographique russe des années 60 et 70, avant de disparaître dans un accident de la route. D'une grande sobriété, filmée avec une parfaite élégance, cette oeuvre, que souligne, avec parcimonie, une petite musique nostalgique est pleine d'une belle émotion toute en intériorité. 

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La cinéaste réussit le portrait troublant d'une femme approchant la quarantaine, ancienne héroïne de guerre, et qui semble, depuis, s'être réfugiée dans sa coquille. Nadezhda Petrukhina - je ne le dirai pas deux fois - est à la tête d'une école de jeunes hommes et de jeunes filles et gère celle-ci avec une certaine autorité : sourire 2001101_box_348x490figé aux coins des lèvres, regard d'acier, elle renvoie de l'établissement en un éclair un étudiant qui vient de chahuter avec une donzelle. Si l'on sent une véritable antipathie, dans le regard de l'élève, devant cette femme élégante mais froide comme une vodka on the rocks, celle-ci semble tout de même jouir d'une certaine respectabilité au sein de l'école. Femme solitaire, capitaine du navire, elle n'en paraît point pour autant totalement dénuée d'humanité; elle semble juste  "déconnectée" de la réalité, comme si elle s'était peu à peu enfermée dans un rôle. Bien qu'elle ait l'impression de tout contrôler, la plupart des choses lui échappe, à l'image de sa fille -adoptive- qui a quitté le foyer pour se marier avec un homme plus âgé. Lorsque Nadezhda décide enfin d'aller faire la connaissance de son beau-fils, Igor, elle trouve sa fille entourée d'une dizaine d'hommes : sûre d'elle, elle se dirige vers celui qu'elle pense être Igor et se trompe pathétiquement. Au fur et à mesure du récit, elle tente de se reconnecter avec les choses simples de la vie - magnifique séquence des marrons sous la pluie, la recherche de l'étudiant renvoyé, la scène avec la tenancière de café qui l'entraîne dans une valse... - alors que les images de son passé - la disparition tragique de l'amour de sa vie - refont surface. Coûte que coûte, elle semble vouloir se battre pour retrouver certaines sensations, certains sentiments, enfouis au plus profond d'elle.

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Maya Bulgakova semble taillée pour ce rôle, tant son visage parvient à laisser transparaître, avec une grande noblesse, tous ces questionnements intérieurs. Femme forte, d'un calme olympien, solide comme un roc, sa carapace à tout de même tendance à se fendre à mesure qu'elle prend conscience du vide qu'est devenue sa vie. Les plans semblent "couler" les uns aux autres - je sais pas trop ce que cela peut vous évoquer mais, en un mot, c'est parfaitement réussi - et les images aériennes, qui illustrent à la fois son passé "dans toute sa gloire" - tant au niveau héroïque que sentimental - stigmatisent parfaitement cette envie de reprendre peu à peu de "l'altitude" dans sa vie présente. Un splendide "essai" en attendant de découvrir son ultime oeuvre: L'Ascension.