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La prison, c'est dur. L'armée, c'est dur. Alors une prison militaire, c'est vraiment dur-dur. Sous un soleil écrasant, Lumet nous transporte en plein désert libyen pendant la seconde guerre mondiale dans ce camp de fortes têtes (déserteurs, soldats insubordonnés ou militaires coupables de petits recels). Si les acteurs, Sean Connery en tête, échappé des James Bond, sont tous remarquables, la réalisation de Lumet est tout autant époustouflante, multipliant les prises de vue et les plans-séquences avec une maestria confondante. La discipline à l'oeuvre dans ce camp de redressement ferait passer la première partie de Full Metal Jacket pour une colonie de vacances en Ardèche.

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Sean Connery a pété la tête de son commandant qui envoyait ses troupes à l'abattoir. Devancé par sa réputation, les instructeurs attendent cet homme de pied ferme, bien décidés à lui en faire baver des ronds de chapeau. Pour cela ils disposent d'une arme : une colline de sable située au centre du camp, en plein cagnard; faire 5 fois l'aller-retour de cette colline ferait passer Sysiphe pour un clown en montagne bourbonnaise. Mais le Sean n'est pas du genre à être facile à mater, ne gardant jamais sa langue dans sa poche, ni son sens des responsabilités. Il est amené au début en cellule avec les quatre nouveaux arrivants : un immense black victime des pires injures racistes (l'Armée aussi appelée l'autre pays des Droits de l'Homme), un rondouillard, un costaud qui veut se tenir à carreaux, et un gringalet dont les premiers pas sur la fameuse colline nous font rapidement comprendre qu'il n'ira po loin. Malgré la pression, malgré les multiples coups dans la tronche, malgré ce putain de soleil, Sean Connery, sans son permis de tuer, est bien disposé à ne pas se faire marcher sur les pieds et va foutre le mena (c'est bourbonnais comme mot ?) dans le camp comme jamais.

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Les relations humaines sont aussi tendues que dans 12 angry Men sauf que cette fois-ci on assiste pas seulement à une guerre d'influence avec uniquement des mots. Ca charcle du début à la fin et on sent que ces hommes, littéralement assommés par la caméra en contre plongée, ont apparemment peu d'autres options que celle de se plier aux ordres débiles de leurs "supérieurs". Mais un minimum de révolte est TOUJOURS possible quand on est dans son droit, quitte à dresser les uns contre les autres pour se faire une petite place... au soleil. Sans une once de musique, Lumet parvient à garder une ambiance tendue comme un slip de légionnaire pendant un peu plus de deux heures. Dès la séquence d'ouverture (avec ce sublime mouvement de grue qui survole un homme, qui vient de manger la poussière en haut de la colline, avant d'effectuer un travelling arrière, en dehors du camp, pour nous montrer l'isolement des lieux) aux multiples séquences en caméra subjective lors notamment des combats ou du gravissement de ce monstre de poussière que représente la colline, en passant par des travellings latéraux d'une durée infinie (l'interrogation à l'arrivée des cinq nouveaux prisonniers), Sidney Lumet prouve bien encore une fois qu'il maîtrise toute la grammaire cinématographique. Et cela sans même que la technique finisse par phagocyter le fond qui se révèle d'une violence terrible. Si jamais on venait à croiser dans la rue en sortant du film le sous fifre Williams (angoissant Ian Hendry, sûrement formé à la Gestapo...), il est fort possible... ben heu... qu'on fasse demi-tour en ronchonnant son mépris. Bref The Hill est un film excellent à gravir qui concentre toutes les injustices et la bêtise de l'Armée - et c'est po rien.   (Shang - 07/05/08)

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lacollinedeshommes_9Ah tout à fait d'accord : un film tout en dignité dans le fond et tout en virtuosité dans la forme, qui atteint parfois à une puissance digne de Shock Corridor dans l'exploration des limites humaines. Mon camarade ayant tout dit, je me bornerai à ajouter que le gars Lumet excelle non seulement dans les plans larges et longs, mais aussi dans le montage hyper-serré des scènes dialoguées. Quelques plans n'excèdent pas la demie-seconde, chargeant ces scènes d'une tension palpable. On reste bluffé par l'ampleur du film, qui brasse avec colère des tas de questionnements quant au pouvoir de l'autorité et à l'absurdité du corps armé.

lacollinedeshommes_8La plus belle scène, selon moi, est celle où le chef, confronté à une révolte des prisonniers, parvient à retourner la foule comme un gant, avec un brio de politicien digne du Jules César de Shakespeare : un petit coup de peur, une once de flatterie, le su-sucre qu'il faut quand il faut, une compréhension totale de ce qui fait la bêtise du groupe, et nous voilà dans la théorie communicante sarkozienne de la plus belle école. Lumet accorde presque une plus grande importance à ces personnages négatifs de geôliers qu'à ceux héroïques des taulards, et c'est très fort : entre aboiements et finesse psychologique, ils apparaissent dans toute leur horreur, dangereux et invincibles, face à ces petits pions que sont les héros du film. Rarement a-t-on touché d'aussi près à l'absurdité totale de la hiérarchie militaire, cette fameuse colline constituant un symbole génial du monstre opaque représenté par l'Armée. Engagez-vous, qu'ils disaient...   (Gols - 28/07/08)