TableauNoir2

Second film de Samira - 20 ans c'est le bon âge - qui parvient encore à faire passer son message sans avoir besoin de longs discours. Dès la première séquence où cette bande d'instits se cache sous un tableau pour ne pas être canardée - tableau noir vite couvert de sable orange, genre tenue de camouflage -, on se doute que cet étrange barda risque plus de servir, dans leur périple, de bouclier que d'outil d'enseignement. On suit dans ces montagnes du Kurdistan entre l'Iran et l'Irak, deux instits en particuliers, l'un qui suit une bande de tableau_noirréfugiés kurdes qui veulent retourner dans leur pays, l'autre des gamins qui font de la contrebande. Le premier va servir de guide et va se retrouver lié (lié cela veut dire marié, on s'entend bien, même s'ils se connaissent depuis 30 secondes) avec une femme qui, quand ça lui chante, répond "oui", mais qui la plupart du temps ne répond pas. Notre gazier a beau s'escrimer à écrire "je t'aime" sur son tableau, elle restera aveugle, sourde et muette (littéralement et figurativement) face à ce message, effacé en partie par ses vêtements qui sèchent : sa seule tirade sera: "mon coeur est comme un train dans lequel les hommes montent et descendent au fil des rencontres. Mais le seul qui y reste, c'est mon fils"... Le gars est prévenu et n'insistera guère, son tableau ayant surtout servi à trimballer le père de la fille tout malade. L'autre instit est un peu plus chanceux en trouvant un gamin qui, contre un bout de pain, décide de vouloir apprendre à écrire son nom; notre prof ambulant devra tout de même sacrifier la moitié de son tableau pour faire une atèle (oui, l'enseignement est une béquille, mais, ici, uniquement au sens propre...) et une partie de la mini tribu se retrouvera également chassée comme des lapins. Samira n'évite pas toujours les répétitions un peu lourdes  - le parallèle entre le grand-père et l'enfant qui n'arrive point à faire pipi... - mais signe un second film (prix du Jury à Cannes... président Luc Besson, pas sûr qu'il ait vraiment compris le message, eheh), malgré des acteurs non professionnels un peu tendres, d'une belle liberté de ton et de mise en scène. 20 ans, la gazelle...

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