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Premier film kurde, récompensé en son temps par la Caméra d'or (ayant vu deux autres film de Ghobadi, Les Chansons du pays de ma mère, et Les tortues volent aussi - oui rien que les titres sont tout un programme - je pense pouvoir me positionner en spécialiste du cinéma kurde), Un Temps pour l'Ivresse des Chevaux nous fait suivre le destin de cinq pauvres gamins à la frontière entre l'Iran et L'Irak (hostile, ouais). Ils ont perdu leur mère et paument - quand le sort s'acharne - dès le début du film, leur père qui a sauté sur une mine. L'aîné, 12 ans, doit s'occuper de ses deux soeurs et de ses deux frères, dont l'un est diablement handicapé et malade. Le but du jeu est d'ailleurs de réunir assez d'argent pour soigner ce dernier qui risque de mourir d'un jour à l'autre alors que l'opération retarderait l'échéance de 8 drankhorsesmois - il faut relativiser le mot "optimisme" quand on est kurde. Non seulement le climat est rude - entre -25 et -12 les jours de grand beau temps -, mais en plus en terme de petits boulots, tu n'as guère le choix : soit tu vis de petits trafics entre les deux frontières en chargeant comme une mule... ta mule - et là gare aux embuscades meurtrières - soit, si tu as 11 ans, tu peux te marier avec un moustachu : franchement entre les deux options mon coeur balance. La gamine de 11 ans se marie donc pour qu'on s'occupe de son petit frère malade, mais la famille d'accueil refuse le gamin handicapé et donne en échange, pour prouver sa bonne volonté, une mule (les handicapés kurdes sont mal côtés). L'aîné va donc devoir trimballer sa mule à travers les montagnes et n'a d'autres choix pour lui donner du courage que de la gaver de gnôle - mule finalement, c'est peut-être encore le mieux dans les circonstances. Bon je déconne un peu mais le film, qui flirte souvent avec le documentaire, est tout plein de sensibilité - une gamine kurde qui pleure, moi j'y reste - tout en évoquant la rudesse de cette vie - en parallèle avec ces superbes décors enneigés où même ces enfoirées de mules s'embourbent...

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On pourrait redouter l'aspect tire-larme du sujet, mais Ghobadi évite cet écueil en s'attachant simplement à décrire la pugnacité de ces gamins qui passent, en un tour de main, de l'enfance à l'âge adulte. Les gamins jouent le jeu à la perfection, certains plans réalisés dans des conditions extrêmes coupent le souffle et le film donne à voir une réalité, certes po gaie gaie, mais qui ouvre nos petits yeux d'enfants pourris gâtés. Une caméra d'or point volée.