06 juillet 2008

Stardust Memories de Woody Allen - 1980

134R2A un tournant de sa carrière, Woody nous fait son à lui, et livre un de ses films les plus stylisés et les plus étranges. Un noir et blanc somptueux, un style totalement déconstruit, un choix d'acteurs intrigant (pas de Diane Keaton, pas de Mia Farrow, mais une Charlotte Rampling et une Marie-Christine Barrault), et une intrigue à cheval entre la comédie légère et le drame métaphysique : c'était la première fois que Woody expérimentait réellement les possibilités techniques de sa mise en scène, et le résultat est impeccable.

Bien qu'il s'en défende becs et ongles, Stardust Memories semble bien être la profession de foi autobiographique et définitive du compère. Il y reviendra des années plus tard avec Deconstructing Harry, mais sûrement avec moins de profondeur. Toutes les obsessions du 139R1gars sont bel et bien là : angoisses de la création, affres sexuello-sentimentaux, interrogations mystiques. Mais cette fois, il ne se contente pas de faire rire. Attention, le film est hilarant, riche en petites phrases célèbres, et laissant à Woody toute la place pour déployer son jeu nerveux habituel. Mais il se dégage du film une étrange nostalgie, qui se transforme petit à petit en réelle angoisse. Les personnages qui évoluent autour de l'artiste-héros de l'histoire sont tous des tronches à la Fellini, surréalistes, à deux doigts du fantastique pur ; les situations sont souvent sujettes à de belles digressions dérangeantes, inquiétantes à force de lenteur, très travaillées au niveau du son pour les rendre décalées et presque angoissantes : un ballet de mongolfières, la subite apparition dans le cadre d'une photo de reportage très violente, des figurants "freaks" qui harcèlent le héros, un silence très pesant dans les premières séquences : le style se veut bizarre, malaisé, et Woody réussit parfaitement à rendre à son film un aspect presque bunuelien. Si on rit, c'est presque contre Woody, sujet même du film (un cinéaste comique qui en a marre de faire rire).

1023UKR2Bien sûr, tout ça reste une parodie, parodie de Bergman, du cinéma intello, et une auto-dérision constante. Mais Woody sème suffisamment d'éléments sombres dans son scénario pour laisser une impression d'angoisse latente. A commencer par le visage opaque de Rampling, sublimement regardé comme un mystère effrayant : le fameux montage de plans très courts sur elle, outre l'hommage larvé à Godard, est génial d'étrangeté. Stardust Memories semble gagné petit à petit par ce mystère, se délite à bon escient, se déstructure complètement, devient un essai conceptuel qui a l'intelligence de rester très lisible et drôle. Dans les dernières minutes, Woody met un point final à cet essai, se moquant gentiment de ses propres tentatives, et c'est presque dommage. On aurait aimé qu'il termine dans les bras de Rampling ou de Jessica Harper, vraies veuves noires, 8517R1que dans ceux de la consensuelle Barrault. Mais on ne peut guère lui en vouloir d'être encore un peu timide dans ses tentatives arty et graves : on l'aime aussi quand il filme simplement des gosses insupportables, une chasse au pigeon dans son appartement ou de pures scènes de gags premier degré. Un jalon allenien, une vraie audace, un ton très perso, une bonne comédie : content, le Gols.

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Posté par Shangols à 23:08 - - Commentaires [2] - Permalien [#]



Commentaires sur Stardust Memories de Woody Allen - 1980

    Je l'ai vu dernièrement, c'est excellent ! Une expérience assez lynchéenne, étrange, drôle.

    Posté par stalker, 07 juillet 2008 à 11:39 | | Répondre
  • Ah oui, j'ai hésité à citer Lynch en référence, mais c'est vrai qu'il y a des liens. Excellent, en effet.

    Posté par Gols, 07 juillet 2008 à 12:59 | | Répondre
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