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Voilà pas le film le plus gai, mais sûrement le plus radical de Brisseau : violence des grands ensembles, indifférence généralisée, aliénation, suicides en pack de 12, pression et harcèlement sexuel au taff, il est clair que le constat est amer et ne donne pas forcément très envie de pénétrer plus en avant dans la vie extraordinaire des banlieusards de Bagnolet. Avant De Bruit et de Fureur, Brisseau frappe là où ça fait mal (dans mon HLM...) pour constater le vide moral intersidéral de notre bonne vieille contrée.

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Agnès quitte le bahut - faut dire c'est le souk intégral - pour emménager avec son amie, avec laquelle elle a, comme qui dirait, des accointances, dans une superbe tour HLM. Dès le premier jour, tout commence sous de bonnes augures avec le suicide du 17ème d'une jeune femme; il s'agit du second en sept mois, ce qui fait dire un poil ironiquement à l'un des voisins qu'il va bientôt falloir prendre un parapluie pour sortir de l'immeuble - c'est diablement cruel, mais bon la vie est comme ça, le titre nous a prévenus. Confrontée constamment à la violence dans la résidence - mamie égorgée pour lui piquer sa maigre retraite, quidam assassiné à coup de hachoir dans la rue, défenestration... - Agnès n'a guère plus de chance dans son taff : lorsqu'elle décide de devenir responsable syndicale, elle ne va point tarder à subir les pires pressions de ses supérieurs : insultes, mise à l'écart dans un bureau qui ressemble à un placard, surveillance, boulot débile, tout y passe et on serait presque contents de retourner sereinement bosser lundi... Diable que c'est noir, avec, cerise sur le gâteau, les accusations de son amie d'avoir couché avec son père (c'est pas faux certes, mais le père la quitte encore plus lâchement - la petite séquence édenique entre les deux amants tourne très court... Comme si Brisseau se faisait un devoir de donner un coup de pied au cul aux deux protagonistes qui pourraient embellir son récit) : la pauvre chtite Agnès n'a plus que les yeux pour pleurer et le final, dans une mare de sang, est aussi joyeux que le commencement.

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Âpre, c'est le mot consacré pour qualifier cet univers d'une optimisme noir... Pas sûr que Brisseau se soit fait beaucoup d'amis pour avoir osé mettre à jour ce cauchemar quotidien. Ce qui rassure c'est que trente ans plus tard, la situation s'est super améliorée - ah ben ouais, quitte à faire dans le cynisme... Un premier film coup de massue, à voir l'esprit léger (en parlant de légereté, il faut tout de même noter la présence d'actrices rohmériennes à leur tout début : Marie Rivière, Rosette, Pascale Ogier). Mais que fait le gouver... pardon.

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