Orson Welles à la baguette, Rita Hayworth belle à se dammmmmmner, un imbroglio policier incompréhensible comme on les aime, et surtout une atmosphère de film noir qui rend la peau toute moite. Le personnage de Welles a beau savoir depuis le début que cette jeune femme blonde sent la poudre, il embarque fatalement avec elle, ne sachant au final qui a le plus de chance de rester sur le carreau.

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"A Shanghai, la chance ne suffit pas" - dès cette phrase, en introduction, comment ne pas être conquis, alors même qu'après 58 jours de pluie non stop le soleil revient à Shanghai. Faut s'accrocher et c'est bien ce que compte faire Michael O'Hara -Orson- lorsqu'il plonge dans le regard de la Rita. Un mari avocat handicapé, lfs15un associé pas très clair, une Rita qui cache un lourd passé, que Michael soit le pigeon tout trouvé, il en est lui-même certain; seulement lorsqu'on tombe dans le filet d'une femme fatale, il faut faire les courses avec elle jusqu'au bout. Dans un parfait élan de lucidité, lors du pique-nique sur la côte mexicaine, ces trois personnages élardés dans leurs transats lui font immanquablement penser à des requins que la moindre goutte de sang va faire s'entre-dévorer. Tous les arrières plans (qui sentent souvent la transparence) transpirent de noirceur (le bal de ces bateaux dans la nuit illuminés par quelques torches), la course poursuite endiablée entre Michael et Rita, dans les rues d'Acapulco, sur fond de musique casse-bonbon, sent le soufre, et lorsque Michael finit par accepter la proposition de l'associé, George Grisby (faire croire qu'il l'a tué) on se dit que le Michael ne voit quand même pas plus loin que le bout de son nez - ou que d'avoir vu une fois Rita en maillot de bain lui a fait perdre la raison, et là je comprends mieux. Orson sort la batterie d'effets techniques (plongée/contre-plongée, superbe sens de l'éclairage et de la profondeur de champ, angles impossibles...) sans jamais non plus trop tomber dans l'excès, semblant se concentrer sur les pensées que rumine son personnage principal, conscient de faire la connerie de sa vie, mais incapable de lutter contre la fatalité, aka Rita.

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Le spectateur se fait ballotter de port en port, tente, comme Michael, d'y voir clair en essayant de savoir qui manipule qui et se perd un peu dans ce dédale d'intrigues, de sentiments et de vengeance. Incapable de faire le point, on s'accroche à la Rita comme à une bouée, une Rita incandescente dont chaque apparition met sur les genoux. Il y a bien sûr la fameuse scène finale, jeu de miroirs à l'infini entre le mille-pattes Arthur Bannister, le mari de Rita, et cette dernière, qui paraissent prendre un malin plaisir à s'entretuer; l'envie de tuer leur image, l'idée qu'ils se font d'eux-mêmes, semblent presque prendre le pas sur la haine qu'ils ont l'un pour l'autre. On se retrouve, avec Michael, entre les balles, assistant à ce règlement de compte final sans trop chercher à comprendre lequel des deux personnages est le plus tordu. Devant une telle cruauté humaine, il ne tarde pas à quitter ce palais des glaces sur la pointe des pieds, comme s'il avait décidé de définitivement mettre fin à ses "illusions", dans tous les sens du terme. L'art de l'illusion, voilà d'ailleurs une bien joulie expression qui pourrait définir les dons de réalisateur de Welles. Sans fin, dans le fond.