Ishikawa est un fouteur de merde qui dépasse l'entendement. Fukasaku, décidément un réalisateur sans concession, revient sur le Japon d'après-guerre en nous dressant le portrait d'un homme sans foi ni loi, ni toit d'ailleurs, mais c'est moins grave. Du point de vue de la mise en scène, on a droit à une explosion d'images, un peu comme si la caméra était parfois lancée en l'air ou accrochée derrière une sauterelle (une grosse). On en ressort presque lessivé et on se dit que ce n'était pas l'époque la plus brillante du Japon.

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Présentation très sobre à partir de photos noir et blanc de l'enfance d'Ishikawa : enfant pleurnichard mais travailleur, intelligent, il perd très tôt sa mère et décide au sortir de son adolescence de rejoindre un clan de Yakuza. Il ne va pas tarder à aller en taule (il y fera de longues visites plus tard) pour avoir tenté de défendre son boss insulté. C'est à sa sortie qu'on le retrouve. Voilà pas deux seconde que l'on fait sa connaissance, un homme au visage fermé derrière ses lunettes noires, qu'il fout déjà le boxon sur les quais en s'attaquant à un type d'un gang adverse. Cela lui vaudra un sermon de son boss qui veut éviter à tout prix une guerre des gangs. Il aurait mieux fait de le flinguer sur le champ car l'autre va enquiller les boulettes. Ishikawa a le don pour mettre en pétard tout son entourage. Le début du film est un feu d'artifice d'images (décadrage à 45 voire 90 degrés, explosion de son, séquences sépia, mouvements parkinsoniens, défilé de couleurs sous l'objectif qui donne le sentiment d'assister parfois à un film "impressionniste") au diapason de la vie chaotique de cette époque, d'autant qu'Ishikawa va mettre un tel bordel qu'il va se faire bannir de son propre clan et de Tokyo pour dix ans... Il reviendra camé jusque là, individu quasiment muet alors que la caméra s'est elle-même assagie, mais continue de se jeter à la gueule des chefs de clan, ceux-là même qui cherche à l'aider. Le film culmine dans une prodigieuse scène de lancer de pierres, Ishikawa s'étant barricadé dans son appart alors que les forces de police et les deux principaux clans de Yakuza sont venus lui faire la peau : il canarde tout le monde avec son pauvre flingue alors qu'il se fait proprement lapider sous une pluie de caillasse.

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Le film porte on ne peut mieux son titre, tant toute morale semble avoir fui la société; Ishikawa n'est jamais qu'une forte tête qui n'a de cesse de surfer sur cette société sans principe, rongée jusqu'au trognon par la corruption : l'armée américaine d'occupation organise le trafic de l'alcool avec les Yakuza, les flics japonais s'entendent avec les Yakuza pour virer du pays les Chinois ou les Coréens enrôlés pendant la guerre et profiteurs de l'après-guerre, le sens de l'honneur semble bel et bien avoir été enterré six pieds sous terre. Veritable poil à gratter du système (il doit se faire traiter pas moins d'une douzaine de fois d'emmerdeur), Ishikawa a beau parfois trouver refuge chez sa douce, le démon s'empare de lui dès qu'il s'agit de faire la connerie à éviter (mettre le feu à la bagnole du caïd du coin qui se présente en tant que député, c'est pas cool). La fin du film est d'une noirceur terrible et Fukasaku réalise une fois de plus une oeuvre d'un bloc, qu'on se prend en plein dans la tronche. C'est po le temps des cerisiers avec le Kinji...   

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