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PPP n'y va pas avec le dos de la cuillère dans cette joyeuse production malpolie et cradouille. On voit bien que ce qui l'intéresse le plus dans cette adaptation de Chaucer, c'est le pipi-caca-prout, qui semble le faire hurler de rire : en attestent ces quelques plans sur Pasolini lui-même dans le rôle de l'écrivain, affichant un rictus jubilatoire à chaque fois que les limites du bon goût sont dépassées.

justine_canterbury03Et elles sont très souvent dépassées. Même si j'avoue mon peu de goût pour l'humour scato, je reconnais que le gars ne manque pas d'audace et filme avec une liberté totale. Il est donc ici question de tout ce qui peut choquer le bourgeois moyen, cocufiages à tous les étages, filles faciles, pets sonores au nez des curés, jets de pisse sur les pharisiens, tripotages de bistouquette entre garçons sous la couette, paires de fesses rutilantes, pour terminer sur une scène censée représenter l'enfer, où on voit un diable rouge cracher par le cul des moinillons. Ça hurle et ça se poursuit dans tous les coins, dans une anarchie communicative. Aussi bien au niveau de l'écriture qu'à celui de la mise en scène, PPP se fout comme de son premier slip de la bienséance, et se livre à une débauche de provocation bon enfant qui remporte le morceau.

justine_canterbury01Pour habiller tout ça, et pour ne pas faire oublier qu'il est quand même Pasolini, le gars glisse au milieu de ces motifs des allusions finaudes à la grande peinture (les intérieurs sont subtilement éclairés "à la flamande", les costumes sont très "repérés") ou au cinéma qu'il aime (l'épisode avec Davoli reprend plusieurs gags de Chaplin, de The Circus notamment). Il se permet même un ou deux sketches plus sombres, comme ce beau voyage d'un chevalier aux côtés de la mort, ou cette histoire de trahison entre amis, qui se termine dans la tragédie. On croit d'abord à un film libertaire et bricolo, avant de se rendre compte que Pasolini tient tout ça d'une main de fer, en sachant très bien ce qu'il fait. Alors bien sûr ça reste très léger, très premier degré, mais derrière l'énorme farce se cache un amour immodéré pour la vie, qui apparaît dans la trinité habituelle du cinéaste : sexe-bouffe-pinard. I racconti di Canterbury est un film impur et insolent, plein de joie, de musique et de derrières de filles. Ça me va.

ant7