18761611_w434_h_q80Bien beau film que celui-ci, qui n'a pas à rougir devant ses prédecesseurs malgré la jeunesse de son réalisateur. Morel vient de l'école Téchiné, et en suit bien les traces, évitant même pas mal des écueils dans lesquels a pu tomber son maître. Il y a pourtant de quoi se planter dans ce sujet périlleux : un jeune homme meurt dans un accident ; sa mère se sent attirée par le copain qui conduisait la voiture à ce moment-là. C'est casse-gueule comme c'est pas permis, et il est vrai que, parfois, Morel se vautre un peu dans son écriture (partagée avec Christophe Honoré) : ellipses un peu convenues, musique habituelle de ce genre de productions, et une certaine lourdeur dans quelques épisodes de scénario (on fait brûler le platane fatal, ou on prolonge l'histoire de filiation par la naissance d'un bébé, ce genre de trucs qui pour le coup montrent bien la jeunesse du réalisateur au niveau de l'écriture). On tombe donc parfois dans la symbolique appuyée, dans le film "concerné".

18761609_w434_h_q80Mais à côté de ces défauts bien excusables, Morel réalise un film digne et sincère, et qui souvent surprend. La rapidité d'exécution, notamment, est très étonnante : il ne s'embarrasse (presque) pas de scènes parallèles, racontant tout droit son histoire, se concentrant sur les deux éléments importants : la mère (Deneuve, excellente) et le jeune homme (Dumerchez, excellent). Tous les autres "éléments" (le père, la soeur, la petite amie, les copains) sont présents, mais laissés à leur place, en personnages secondaires qui ne viennent pas déconcentrer Morel de sa trame puissante. Le film y gagne en tonicité, il est ramassé et très homogène. D'autant que côté mise en scène, c'est vraiment du beau travail. Là encore, chaque plan prolonge le précédent et appelle le suivant en un seul mouvement, souligné par ces beaux plans qui se répondent d'une séquence à l'autre : un travelling lattéral qui termine une scène continuera ailleurs dans la scène suivante ; le profil de Deneuve face à une fenêtre donnant sur Lyon continuera ensuite sur le même profil devant une vitre de voiture. On a l'impression d'un trait droit, qui fait ressentir avec sensibilité le cheminement simple du film. Très belle photo également, qui permet à Morel de filmer magnifiquement la nature ou les ciels. 

18761613_w434_h_q80Et puis la direction d'acteurs est tout simplement bluffante, d'autant que là aussi les pièges étaient nombreux. Les plans d'effondrement de Deneuve et Guy Marchand après la mort de leur fils sont particulièrement bien joués, et on imagine avec effroi ce qu'en aurait fait un réalisateur américain : c'est tout simplement poignant, et très bien géré, aussi bien par les acteurs que par le regard que Morel porte sur eux. On pardonne donc les maladresses consensuelles de Après Lui, on met ça sur le compte de l'envie de Morel d'appartenir à la grande famille des cinéastes français intellos, et on applaudit l'audace, le romantisme, et le talent.