Alors là on est dans du très lourd au niveau du délire. Il faut avouer que William Klein n'a pas froid aux yeux, ni peur du ridicule d'ailleurs, dans ce film sauvagement post soixante-huitard. Un bidule comme ça, ça ne peut plus passer à la télé qu'entre 4h et 6 heures du matin, juste après une rétrospective chasse et pêche, les années truite. Il faut définitivement le voir pour le croire, c'est culte en son genre, même si on frise parfois la poilade absurde.

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Mister Freedom est ricain et fier de l'être, est habillé en joueur de football américain, il est contre les blacks et les rouges (et cite Stendhal...), il défend les intérêts des grosses compagnies internationales impérialistes, Mister Freedom est un gros con et il ne s'en cache point. Sa prochaine mission, qu'il accepte: rétablir l'ordre en France où son vis-à-vis, Captain Formidable (Yves Montand!, dans une apparition de 15 secondes, 18871033énorme) vient d'être abattu par l'ennemi : est-ce Moujik Man (Philippe Noiret dans le rôle de sa vie), Red China Man (Un dragon de 15 mètres en papier crépon qui ferait passer les vers de Dune pour de la gnognotte) ou les FAF, les Forces Anti-Freedom. Marie Madeleine (Delphine Seyrig, à moitié à poil, bah) l'accueille en France (on croisera aussi Sami Frey en Christ, juste pour le fun) et lui présente son équipe : une bande de bras-cassés qui adorent passer leur temps à se friter avec en guest star, au piano, Mr Drugstore, Serge Gainsbourg himself - là, déjà, on sait qu'on regarde un truc qui sort des sentiers battus. Mister Freedom se rend à l'Ambassade américaine, un vrai supermarché, où il se retrouve au milieu de groupies, pom-pom girls qui frisent le neuvième niveau. Comme faut po l'emmerder, il décide de péter la gueule à Moujik Man, Red China Man et tous ces pauvres Français qui n'en finissent point de manifester, de bonnes vieilles images des manifs de 68 où l'on remplace les chants coco par des slogans anti-freedom étant gracieusement utilisées... Cela va partir grave en quéquette et finira dans un bordel sans nom.

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On peut pas dire que Klein ne se positionne point, et qu'après le reportage intello dans Loin du Vietnam il ne décide pas de passer à la vitesse supérieure... Il sort pour ce faire l'artillerie lourde, et on demeure franchement éberlué devant un tel bazar. Voilà un film qui aurait mérité franchement une nouvelle sortie pour les 40 ans de Mai 68, non point pour la qualité de l'ensemble (ah c'est du pop art, en quelque sorte...), juste pour l'esprit. Bah, à défaut d'émerveiller, ça rafraîchit en ces périodes de vaches maigres consensuelles.