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A 83 ans, Sydney Lumet montre qu'il en a encore sous le pied en signant ce polar d'excellente tenue. Deux frères en manque d'argent, un casse qui dérape et une tonne de problèmes qui surviennent. Pas la peine d'en raconter plus, tant Lumet parvient à faire magistralement monter la tension. Bien que la structure narrative soit éclatée en de nombreux flash-back, bien qu'on ait l'impression d'avoir vu l'essentiel dans le premier quart d'heure, il construit une intrigue d'une grande intensité psychologique remarquablement interprétée : Philipp Seymour Hoffman, sobre comme on l'aime, construit un personnage volontaire, décisif mais tout en façade, une imposante carrure qui s'adonne régulièrement à la drogue dure, Ethan Hawke joue le petit frère, prêt à tout pour convaincre son entourage, mais d'une telle nervosité, d'une telle fragilité qu'il a le don de tout faire foirer, Albert Finney enfin, le père, est impressionnant de pugnacité, la machoire constamment soudée, incapable de lâcher sa proie. Une histoire de famille atomisée en quelque sorte par un tragique coup du sort, semble-t-il au premier abord; mais Lumet signe un film où rien n'est complètement laissé au hasard, où les problèmes du présent sont toujours la conséquence de fêlures du passé, où chacun a toujours eu la possibilité de faire ses propres choix et d'assumer ses propres responsabilités. Cela peut apparaître très classique dans la façon de filmer, mais on est justement du côté de la bonne et grande tradition, où il n'est point besoin d'effets chis et chocs pour dynamiter l'intérêt de l'histoire; c'est parfaitement construit, propre, tendu et scotchant. C'est dans les vieilles marmites... oui, surtout quand l'on est doué à l'origine et consciencieux : Lumet peut fêter les 50 ans de 12 angry Men l'esprit tranquille.   (Shang - 15/04/08)   

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18802339_w434_h_q80On est mine de rien souvent d'accord avec mon camarade, mais alors là, avec ce 7h58 ce Samedi-là, j'ai l'impression qu'on n'a pas vu le même film. Là où Shang a vu de la bonne tenue, je n'ai vu que de la paresse, du cinéma vieilli comme on n'en avait plus vu depuis 1975 au moins. Lumet fut un efficace réalisateur dans ces années-là ; aujourd'hui, il fait clairement la preuve qu'il est resté bloqué sur cette période : son film est daté et ringard.

Pour faire croire qu'il a des choses à raconter, il invente cette construction compliquée, à base de flash-backs inlassables qui tournent tous autour de l'évènement fondateur, ce braquage foireux qui dynamite la cellule familiale. Mais on a plutôt l'impression qu'il choisit la complexité par peur de la simplicité. Ce procédé n'apporte strictement rien à l'intrigue, tant Lumet échoue à donner à ce fameux épicentre (le braquage, donc) une quelconque dimension tragique. Il choisit ce moment comme il aurait pu en choisir des tas d'autres dans son film, et on se demande bien ce qu'il veut prouver en revenant sans cesse autour de cette scène. Le procédé n'a rien de nouveau, en plus, mais ça c'est pas très grave ; il aurait juste fallu que cette sophistication de montage dise quelque chose. Tel quel, on a l'impression que le film aurait été bien plus brillant s'il avait été monté "dans l'ordre", sans chercher à faire le malin, et on rêve de ce qu'un autre auteur classique, Eastwood, aurait pu tirer de cette histoire.

18802333_w434_h_q80Eastwood, on y repense d'ailleurs souvent, tant Lumet s'essouffle à courir derrière cette référence. Comme lui, il tente une photographie en clair-obscur qui n'arrive pas à la cheville de l'esthétique à la Rembrandt du maître ; comme lui, il tente une réflexion sur la vieillesse, sur l'usure des corps, mais n'arrive pas à se dépêtrer de son intrigue policière et abandonne bien vite la seule voie possible pour rendre 7h58 ce Samedi-là intéressant.

Par dépit, il laisse ses acteurs tout faire, et là, nouvelle incompréhension par rapport au texte de mon poteau Shang. Je n'ai jamais eu beaucoup d'affection pour Philip Seymour Hoffman (sauf dans Happiness de Solondz), mais là, il dépasse tout dans le sur-jeu oscarisable le plus ingrat. Si ça c'est de la sobriété, Achile Zavatta est un mormon. Grimaçant, surlignant chaque émotion, il est à la limite du clownesque, je le dis sans exagérer. L'archétype de l'acteur américain intérieur, une horreur. Effectivement, il réussit une seule scène, la plus belle du film, 18802335_w434_h_q80celle de la rupture avec sa femme, où il démonte tranquillement son petit décor bourgeois : là, filmé en plan large, il est condamné à ne "rien faire", et il est très bon. Face à lui, Ethan Hawke confirme son peu d'envergure en surjouant lui aussi la nervosité, on dirait un acteur de Lost, quarante gestes par seconde pour montrer qu'il bout à l'intérieur, un jeu pour la galerie, qui brasse du vent. Leurs nombreuses scènes de confrontation sont ridicules, jamais crédibles, trop crâneuses. Non, vraiment, là, Shang, je ne te suis pas.

Bref, grosse déception à tous les niveaux : mise en scène pépère, scénario de malin, acteurs à la Jim Carrey, sans moi. Ceci dit, j'étais peut-être pas dedans, je veux bien le reconnaître. Quitte à voir un film classique, je préfère qu'on nous rende Altman.   (Gols - 14/06/08)