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J'avoue que je ne savais point que Fritz Lang avait fait un remake de La Chienne de Renoir seulement 14 ans après (il me semble d'ailleurs avoir vu un tableau de Renoir dans la galerie de peinture mais rien de vraiment sûr - c'est ce qu'on appelle une remarque pertinente...). Bien que le titre du livre soit rapidement mentionné dans le générique, il m'a bien fallu trente minutes pour faire le rapprochement (je suis lent comme type) et pour me dire qu'Edward G. Robinson reprennait le rôle ingrat du génial Michel Simon. Joan Bennett endosse quant à elle l'habit noir de la femme fatale qui va faire perdre complètement la tête à notre petit caissier qui peinturlure (les peintures charmantes de John Decker (?), caractérisées par leur absence de perspective, symbolisent parfaitement la naïveté de notre pauvre gars). C'est assez marrant de suivre cette histoire avec une impression de déjà vu sans mettre la main immédiatement sur la raison.

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Que dire, sinon que Fritz Lang adapte cette petite mécanique et cette chute avec un certain brio sans non plus atteindre (à mes yeux) au génie d'un M. le Maudit que je n'ai pas vu cela dit depuis des lustres. 300scarletMagnifique séquence au début du film où Robinson, après des trombes d'eau dignes du déluge, aperçoit cette créature de rêve sous un lampadaire et devient héros malgré lui en assommant le maquereau de celle-ci : sa façon de se protéger automatiquement, pensant recevoir une pluie de coups en réponse, est d'un pathétique qui est commun à l'ensemble des personnages; la femme de Robinson est une mégère effroyable qui pousserait au meurtre un Suisse (Robinson découpant dans son petit tablier de ménagère son bout de foie, méchamment tenté par l'envie de finir la besogne dans celui de sa femme), l'ancien mari de cette dernière, maître chanteur à deux balles qui tombe dans le piège vicieux du Robinson, Joan Bennett qui se rêve en grande dame et qui fond pour ce pauvre gigolo de Johnny Prince (des losers), et ce dernier justement qui se donne des grands airs et qui est plus trouillard que moi devant une araignée dans les toilettes. La petitesse de ces destinées est un drame à lui tout seul et on ne peut pas dire qu'en 1945, Fritz Lang, en adaptant ce récit d'une immense noirceur, soit d'un optimisme forcené. Du bien bon noir qui broie ces fulgurantes trajectoires humaines. 

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