Premier film parlant de l'histoire du cinéma anglais et le Hitch de se permettre 8 premières minutes -l'arrestation d'un homme- sans dialogue. Les images, mais oui, les images avant tout.

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Encore une femme blonde entre deux hommes, sauf que cette fois-ci, c'est elle la meurtrière - légitime défense, peut-on arguer. Alice n'aurait jamais dû faire confiance à cet artiste peintre : à partir du moment où dans un film le gars vous dit "You trust me ?", il faut répondre "No", c'est un petit truc que j'ai appris pour éviter les embrouilles. Bref, long travelling vertical sur les 4-5 étages de l'immeuble, Alice passe au pays des malices, ça sent la boulette, boulette il y a. Séquence assez coquine au passage du strip-tease d'Alice (plus pour le spectateur que pour l'artiste même si c'est ce dernier qui pétera les plombs). Elle se retrouvera ensuite dans une autre relation triangulaire entre son petit ami (policier comme d'hab) et un maître chanteur qui va vite déchanter quand il va se retrouver accusé n°1 dans l'affaire (avec un passé trouble, ça pardonne pas). Si Alice s'en sort, pas cet homme qui fera une superbe chute à travers la verrière du British Museum; pas vraiment moral tout ça, pas plus mal...

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Beaucoup de petites trouvailles sur les ombres (le visage de l'artiste avant de se jeter sur Alice a un côté sombre et un côté avec un étrange rictus à cause du dessin du lustre; Alice, lorsqu'elle décide de se dénoncer se lève et l'ombre de la fenètre de tracer une corde au niveau de son cou...) ou sur les motifs qui reviennent à répétition : le bras tendu d'Alice qui perce à travers le rideau et trouve le couteau, 1 minute plus tard le bras rigide de l'artiste qui retombe de la même façon, dead, image qui traumatise Alice et auquel elle repense avec horreur en observant les bras tendus d'un flic ou d'un clodo (la mauvaise conscience chez Hitch est souvent une question d'images indélébiles...). Juste après le meurtre, Alice fait penser à une poupée mécanique cassée dont l'esprit s'est envolé... Belle idée que de la faire se rhabiller derrière le paravent alors qu'elle est seule, faisant comprendre ainsi qu'elle retrouve ses automatismes : elle efface dans la foulée la signature qu'elle a laissée sur le tableau et qui la trahit. Belle course poursuite enfin dans les salles du British museum (salle égyptienne et bibliothèque labyrinthique) qui se termine avec ce doigt accusateur de l'accusé tendu vers le policier qui connaît la vérité. Superbe séquence, muette encore, car au final toutes les parties dialoguées ralentissent, paradoxalement, lourdement le récit - on en vient à regretter les ptits cartons light; la seule bonne idée "sonore" est ce mot "knife" répété inlassablement par une cliente qui résonne dans les oreilles d'Alice et qui finit par lui faire échapper son couteau à beurre. Hitch apprendra à gérer rapidement avec plus de légèreté ces scènes de discussions.  Chantage, reste de la bonne ouvrage.

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[le dernier Radiohead, Rainbows, est chez moi en musique de fond, un bonheur]   (Shang - 12/10/07)


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Tout à fait en accord avec ce qui est dit là-haut. Mais je trouve que si effectivement ce sont les scènes muettes les plus réussies, ça n'empêche qu'il y a moult petites trouvailles sonores tout à fait charmantes : une cabine téléphonique qui sert de sas de silence (on est soit à l'intérieur, dans le secret des hors-la-loi, soit à l'extérieur, dans l'impatience d'entendre ce qui se dit) ; un bel aller-retour entre les bruits extérieurs (klaxons, passants) et la tension ouatée de l'intérieur, dans une sorte de matrice du splendide final de Rope. Hitch a un nouveau jouet, le son, et s'empresse d'expérimenter avec un bel entrain (ce que confirme le petit film qui montre les essais de voix de Ondra : Bouddha s'amuse comme un fou avec le son).

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Mais effectivement, son adieu au muet permet de vérifier une dernière fois son génie visuel. Les longues scènes qui suivent le meurtre sont ce qu'il y a de plus beau. La lenteur encore très marquée par le muet y fait merveille, une errance tourmentée et obsessionnelle dans les rues de Londres, pleine de micro-détails sublimement mis en scène. Hitch tente même, très dicrètement, une curieuse juxtaposition d'images de passants sur le personnage principal, donnant l'impression qu'elle est entourée de fantômes, qu'elle est déjà du côté des morts. Le jeu hyper-expressif de Anny Ondra, concentrée, mille fois meilleure dans ses scènes de tourment que dans ses scènes de comédie, est pour beaucoup dans la beauté de ces scènes. Autre morceau de bravoure : l'interminable scène d'ouverture, qui décrit en 8 minutes le quotidien d'un flic de base, depuis le signal d'alerte envoyé dans le fourgon jusqu'à la mise sous verrou. Le plus génial, c'est que cette scène ne sert absolument à rien dans le scénario de Blackmail ; c'est juste une fois de plus la preuve de la précision hitchcockienne quand il s'agit de trouver une vérité du contexte, et un amour total pour les petits gestes des professionnels. On retrouvera cette rigueur et cet intérêt dans The Wrong Man.

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C'est vrai que le scénario est un peu raide, le film un peu rapide. Hitch a l'air peu intéressé par l'histoire de chantage, par les personnages, par l'enquête. On le sent avide de chercher à chaque seconde ce qu'il pourrait bien faire comme nouvelle expérience. Il trouve assez d'occasions d'en faire pour rendre le film vraiment sympathique, même s'il est au final plus intéressant comme matrice des films anglais de Bouddha que pour lui-même. L'immoralité complète de la fin, que Hitch charge encore plus par une ironie très ambigüe, finit de remporter le morceau. En plus, c'est une des apparitions d'Hitchcock les plus marrantes. Trésor.   (Gols - 30/05/08)

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