2 chapitres aussi courts que puissants, dans la veine des Histoire(s) du Cinéma (je crois que ces dernières vont rester comme ma référence godardienne définitive), où JLG confirme que ce n'est pas seulement le travelling qui "est affaire de morale", mais aussi le montage.

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C'est pourtant pas grand-chose, ces deux petits films. Le premier reprend une des scènes clé du magnifique Les Carabiniers de 1963, mais en y ajoutant une chanson ravageuse de Léo Ferré, histoire de prolonger un peu, par l'émotion et l'action du temps, la portée de la séquence. Rien n'a changé depuis la guerre d'Algérie, et la scène primitive est toujours aussi forte : une jeune fille fusillée par des militaires tout juste sortis de l'enfance. Un foulard sur la tête, elle appelle d'une voix blanche "Frères ! Frères !", avant de déclamer un poème de Maïakovski, et d'être exterminée avec froideur par les gars. Le simple montage de la séquence avec la chanson suffit à confirmer que le Godard des années 2000 a choisi la voie de l'émotion et de la mélancolie pour faire du cinéma. C'est rien du tout, juste un flash, une bouffée poignante, mais tout Godard se tient là, dans cette absence de cérébralité face à l'horreur, dans ce constat amer que le cinéma ne change rien. Comme disait Truffaut : "Ne rien dire, juste montrer". Superbe et fantômatique.

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Le chapitre 2 est plus brumeux, mais tout aussi touchant. Un montage de photos de guerre (en Israël ?), de conflit place Tian-An-Men, d'une étoile juive colorée, de tableaux guerriers et d'un visage d'une tristesse infinie, une chanteuse et trois notes de piano, une inscription ("Terre contre Ciel"), 3 minutes et c'est bouclé. Encore une fois, simplicité et justesse du montage ; on ne sait pas trop ce que ça veut exprimer, mais le fait est qu'on ressort de ces quelques instants tourmenté et avec l'envie de s'exiler en Suisse. Plus personne ne regarde Godard sûrement (ces deux films ont été créés pour la fameuse expo à Beaubourg, création éphémère), ce qui rend ces minuscules messages de l'au-delà encore plus beaux. Rhâââ que c'est touchant !

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