The Cello

Dans le noir du Temps de Jean-Luc Godard et Anne-Marie Mieville

Voici un court-métrage de JLG, intégré paraît-il dans un long-métrage collectif franchement introuvable. Tant pis, contentons-nous du Godard, si je puis dire.

Sans_titreDans le Noir du Temps est assez étonnant dans la filmographie du maître : pour une fois, il s'y laisse aller au sentiment pur, par le biais d'une musique splendide de Beethoven qui file sur l'ensemble du film ou presque. Musique poignante, simplissime, très sensible, mais sur laquelle JLG ne plaque aucune stridence, comme il en a pourtant l'habitude. Ici, à part ça et là une ou deux secondes de silence rayées par un coup de feu ou un cri, rien ne vient couper le "pathos" qui émane du film. Si bien qu'on est à deux doigts de coller le terme de "clip" à cette production... Mais après tout, pourquoi pas ? Godard manie le sentiment avec une force singulière, et son oubli de la radicalité conceptuelle qui fait sa marque apporte au contraire un souffle frais dans sa carrière souvent trop intellectuelle.

Sans_titre2Le film raconte pourtant des tas de choses, n'est pas qu'une musique mise en images. Cette fois, Godard s'abandonne vraiment à la nostalgie, en filmant des "fins" : fin du cinéma, de la vie, de l'amour, de l'histoire, du temps. Découpées par des cartons-chapitres déclinnant toutes ces fins, les images montrent des extraits de films de Godard lui-même (Made in USA, Le petit Soldat, Vivre sa Vie) ou de ses collègues (Pasolini, peut-être Dreyer mais je suis pas sûr), mêlés à des images de reportage souvent violentes : des soldats agonisants, des cadavres de déportés, des pendus, une femme qui vomit du sang. Il y a aussi quelques plans "originaux", notamment une séquence qui montre des gens qui jettent des livres dans des sacs-poubelle. On a bien l'impression que Godard nous fait le coup de la fin de la culture, ou en tout cas d'une certaine façon de créer, ou en tout cas d'une manière d'envisager le savoir. Comme dans Histoire(s) du Cinéma, il pointe du doigt les ravages de l'Histoire contre la Beauté, du bruit contre la musique, de l'efficaSans_titre3ce contre la passion, de la violence contre l'amour. Et du numérique contre le cinéma à l'ancienne, ses films apparaissant comme des rescapés d'une certaine manière de voir les choses, qui disparaît doucement "dans le noir".

Beau poème, au final, même si on a l'impression que l'amertume de Godard prend un peu trop le dessus sur ses inventions habituelles. Après tout, le gars a bien le droit d'être un peu triste, surtout quand le résultat est si déchirant, si plaintif, si doucement poignant. Une curiosité, anyway. (Gols 01/03/08)


The Trumpet

Ten Thousand Years older de Werner Herzog

2002trumpet04En 1981, une des toutes dernières tribus totalement isolées du monde est entrée en contact avec une équipe de scientifiques dans la forêt amazonienne brésilienne. Après avoir reçu une pluie de flèches, nos amis scientifiques ont pu faire bénéficier à notre tribu encore à l'âge de pierre de tous les bienfaits de notre joulie civilisation moderne : des gamelles et des bidons en fer et la varicelle. Cette dernière a décimé une bonne partie de leur groupe et Herzog entre dix ans plus tard en contact avec ce qu'il reste de cette tribu nomade logée dorénavant dans des cabanes. On voit bien que l'on assiste d'ores et déjà à la fin de cette micro ethnie lorsque l'un des anciens, mimant sa danse traditionnelle après une attaque contre des blancs, est stoppé dans son élan par sa tuberculose... Ils restent peu diserts sur leur découverte en bloc de la "civilisation" et on sent bien dans les yeux d'un des gars de la jeune génération, parlant portugais et désirant s'intégrer dans la population brésilienne, que tout cela appartient à un passé bien révolu pour lui. Le temps de cette tribu est désormais compté, ce que symbolise à merveille la découverte d'un réveil, par ces deux anciens, qui les hypnotisent alors même que celui-ci semble égrainer les dernières minutes d'une tribu vieille de dix mille ans. Bienvenue sur Terre les gars.   (Shang 16/05/08)

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