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Kiss me, Stupid n'est sans doute pas le meilleur Billy Wilder, mais contient suffisamment de frivolités et d'allant pour qu'on passe un vrai bon moment. Voilà pas si longtemps que je ne l'avais vu, en fait, mais j'ai à nouveau été scié par le nombre d'allusions sexuelles que le Billy Wilder distille sans avoir trop l'air d'y toucher... On se retrouve à "Climax" (Jouy en Josas pour le Parisien), Nevada, et la maison de ce petit joueur de piano peut s'enorgueillir dans son jardin de deux cactus plus phalliques, tu souffres. Les dialogues sont constamment parsemés, plus ou moins subtilement certes, de petites piques sur la chose assez savoureuses : en vrac, "il ne faut jamais faire confiance à un homme avec des petites lunes" (mais si, les trucs sur les ongles, voyez - Gosh les miennes sont minuscules... oups), Dean qui demande à Novak d'aller dans son jardin pour aller voir son "persil" alors que celui-ci a le regard qui plonge dangereusement en dessous de la ceinture, le fameux "Bang bang" du perroquet quand il s'introduit dans la caravane de la soi-disant Polly,... Il y aurait de quoi remplir des pages sur les doubles sens des dialogues. Il est de même presque revigorant, vu le côté touche-pipi puritain de nos amis ricains de ces 20 dernières années, de voir une histoire où l'adultère est consommé vaille que vaille, et même si une pointe de mauvaise conscience finit par faire son apparition, personne ne semble vraiment regretter cet écart d'une nuit - qui ne va d'ailleurs point condamner ce couple; il est bon, qui plus est, de ne pas avoir des tirades entières, du genre, oh mon Dieu, excuse-moi, j'ai perdu la tête, bla-bla-bla, les deux époux assumant jusqu'au bout cette petite passade galante. L'ultime réplique "Kiss me, Stupid" finirait presque par faire penser au plus direct "Fuck me" d'Eyes Wide Shut bien que les deux films ne concourent point dans la même catégorie... Quoique, à chercher la petite bête...

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Dean Martin, qui n'a alors que 47 ans (mon Dieu), en fait déjà bien 59 (pas de chirurgie esthétique à l'époque pour les mâles ?) mais joue ce rôle de vieux beau avec un certain plaisir semble-t-il; il s'en prend même plein la tronche, dans la caravane, par Zelda (Felicia Farr, rien contre) qui le traite de "dépassé" et cela ne fait broncher guère plus que ça. Définitivement plus exubérant, à la limite parfois du pétage de plomb et du free style, Ray Walston se lance dans une partition souvent limite mais aussi parfois hilarante (un petit air de Pierre Richard vieillissant): lorsqu'il demande à Novak (dix fois plus ronde que dans Vertigo seulement six ans plus tard, ça file) de prendre des poses "domestiques" et qu'il finit par se mettre à tricoter, franchement c'est à se taper les côtes, si je ne savais point me tenir dans mon salon (à deux doigts quand même); sa tête d'ahuri chaque fois que retentit le génial vibrato de violons qui annonce une crise de jalousie (que ce soit autant d'ailleurs pour sa femme que pour Novak sur le point d'être embarquée par Dean Martin, grande idée) est un petit bonheur dont on ne se lasse pas. Une nouvelle fois, un énorme sens du rythme, de la mise en scène pour ce très bon Wilder (ne nous emportons point malgré tout) qui fait filer ses deux heures.   (Shang - 12/05/08)


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Tout à fait, tout à fait, un bon moment passé en compagnie de ce film tout de même assez nettement en-dessous dans la carrière mirobolante de Wilder, mais très sympathique. On ricane pas mal effectivement, des 40000 fines allusions sexuelles, verbales et visuelles (oh le cactus judicieusement placé...) et on compte les points gagnés sur la censure, ce qui est déjà ça de gagné. Le vrai défaut du film, à mon avis, qui à part ça est superbement rythmé, pétillant, drôle, enfin du Billy Wilder, quoi, le vrai défaut, ce sont les acteurs : on croirait que Wilder les a choisis par défaut, parce qu'il ne pouvait pas avoir les modèles originaux. Ray Walston n'a pas la carrure de Tom Ewell dans le rôle du mâle américain moyen, dans le registre très semblable du petit mec envoûté par la poupée de service : il est parfois très drôle avec son pull Beethoven et sa jalousie maladive (le petit gimmick musical à chaque fois que poind le soupçon est impayable), mais il manque vraiment de la subtilité nécessaire pour extirper tout le pathétique de son personnage ; Kim Novak est belle comme un coeur avec ses rondeurs hyper sexy, mais il y manque la sensualité, la candeur, l'énergie de Marilyn ; elle joue un peu en retrait, comme absente, comme droguée, et ne sait qu'exprimer une douloureuse tendresse quand il aurait fallu aussi y adjoindre du pétillant ; quand à Dean Martin, je l'ai trouvé assez pénible dans toute la partie où il s'enivre avec la belle, très mauvais pour tout dire dans la caricature de ce vieux-beau prédateur, personnage guère glorieux dont on a du mal à voir comment on peut le défendre et pourquoi le chanteur, alors en pleine gloire, a pu vouloir l'incarner. Dommage : ces erreurs de casting occultent un peu la brillance totale de la mise en scène (quelle fluidité dans les mouvements de caméra, quelle minutie dans le montage) et l'humour très subtil mis en place (la musique de Bernstein elle-même est hilarante). Tout est au taquet pour donner du plaisir intelligent au spectateur, et jusqu'à la chaude lumière, l'invention des décors, et la multitude de petits détails (le perroquet qui mate des westerns) semblent voués à vous procurer du fun. Le scénario serait parfaitement inepte sous la caméra de n'importe quel tâcheron (des gusses tentent de retenir une star de la chanson dans leur village en lui fournissant une teupu qu'ils font passer pour la femme de l'un d'eux), il est ici dopé par le sens extraordinaire du divertissement, si bien qu'on oublie complètement qu'on est en train de regarder un vaudeville de théâtre de boulevard et qu'on est persuadé de regarder un excellent film. Ce qu'on appelle le génie, messieurs-dames.   (Gols - 13/04/19)

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