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Retour sur une des mes amours adolescentes, et retour perdant. Avec le temps, va, tout s'en va à vau-l'eau, et ce qui constituât un cauchemar délicieux à l'orée de mes 15 ans apparaît aujourd'hui comme un plat bien fade. Harmon est méritant, je ne dis pas, et tente un concept plutôt alléchant dans la première bobine. Un jeune gars prend Rutger Hauer en stop, qui, immédiatement, lui annonce qu'il va lui couper les deux bras et les deux jambes. Comme ça, sans raison. On se dit qu'on va assister à un film à la Duel, un de ces trucs où la mort arrive brutalement, sans explication psychologique. Mais là où Spielberg tient son concept jusqu'au bout, Harmon, bien trop frileux, se laisse très vite entraîner par son joujou : son fusil est enrayé et tire dans tous les sens.

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Plutôt que de conserver cette sécheresse, cette simplicité qui s'annonçait au début, il tente 11000 approches diférentes, toutes à peine esquissées, aucune n'étant fouillée : on prend note d'une ambiguité homosexuelle entre le tueur et la victime, mais par manque de courage, on ne va pas jusqu'au bout ; on devine un lien père/fils, mais trop dissimulé sous les explosions d'hélicoptères ; on espère la réflexion métaphysique, le symbolisme, mais le film est beaucoup trop sage et con pour explorer cette voie... Même au niveau de l'horreur, Harmon a bien trop peur de choquer le public large qu'il vise, et place tout hors-champ, tout en nous faisant croire roublardement qu'il est très trash : un chien qui lèche la blessure d'un cadavre, un écartelement, un doigt coupé dans une assiette, c'est bien beau tout ça, mais Harmon regarde ces scènes entre ses doigts, comme une petite fille, et ferme les yeux à tous les moments cruciaux. Il devient très énervant avec ce regard-caméra final, genre "et vous, qu'est-ce que vous auriez fait ?", très fier de lui alors qu'il vient de rater son film.

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Pas assez gore, pas assez nihiliste, pas assez courageux, pas assez intelligent, The Hitcher se contente finalement de dérouler son scénario invraissemblable et pépère, en ménageant comme il se doit les moments de cascades pas poss et les moments de romance. Le psychopathe plonge notre héros dans des situations difficiles, mais l'en sort aussitôt à coups de fusils à pompe, ce qui fait qu'on n'a très vite plus peur du tout pour le garçon. D'autant que cet acteur, C. Thomas Howell, joue comme un goret, massacrant tranquillement toutes les scènes où on aimerait compatir pour lui (très drôle, entre autres, sa façon de jouer le type au bord du suicide). Face à lui, il y a Rutger Hauer dans le rôle de Super-Méchant, yeux bleus, sourire radieux, tristesse du corps, tranquillité ; le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il ne fait pas tout à fait dans la sobriété, mais ma foi, il est assez attachant et rigolo. Dommage que les scénaristes lui aient donné un rôle de sur-homme ; il aurait été bien plus inquiétant avec deux-trois faiblesses. A voir à 15 ans, à oublier ensuite.

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