En grand fan de la série, j’attendais beaucoup de ce Twilight Zone-The Movie qui avait bien effrayé l’ado que j’étais à l’époque. Résultat : c’est franchement inégal, forcément, et forcément c’est Joe Dante qui s’en tire le mieux.

Le prologue, réalisé par Landis, est taquin, mais pas du tout dans l’esprit de la série (Twilight Zone n’est pas une série avec des monstres visqueux). Ceci dit, il y a un côté bon enfant dans cette rencontre entre deux fans de la série, assez juste dans le fait que Twilight Zone est devenu un objet de culte, dont on parle souvent entre potes (« tu te souviens de l’épisode avec le type qui… »). Dommage que Landis termine ça par une chute fadasse.

twilight_zone_movieLe premier épisode est un peu dans cette veine-là. Il est d’ailleurs réalisé aussi par Landis. Un gros raciste se retrouve brusquement jeté dans l’enfer du ghetto juif, puis dans une scène de lynchage du KKK, et enfin dans un marécage pendant la guerre du Viêt-Nam, avant d’être déporté dans un train en partance pour un camp de concentration. Le discours est honorable, tendant à prouver que la lutte contre le racisme passe par une empathie envers ceux qu’on déteste. Mais le film reste trop au niveau de l’action pure (une course-poursuite, point barre), sans qu’on n’éprouve réellement le danger encouru par le gars. D’autant qu’il est bien détestable, et qu’on s’en fout un peu de le voir malmené à ce point. Réalisation assez molle, schématisme dans le jeu des acteurs, reconstitutions d’opérette, bof bof.

twilight_20zone_20the_20movie_20PDVD_005Ensuite c’est au tour de Spielberg de s’y coller. Et il faut reconnaître que le gars finit par pomper l’air avec son syndrome de Peter Pan à l’eau de rose. Un groupe de retraités qui retrouvent leur jeunesse le temps d’une nuit, sous l’influence d’un magicien hilare, vous imaginez ce que ça peut donner. Encore une fois, Steven brandit l’enfance comme un archétype du bonheur béat, et considère que donner des coups de pieds dans une boîte de conserve est une félicité sans pareille. Bon… On peut trouver que c’est une vision bien quiche de l’enfance, et l’épisode est insupportablement naïf et con. Ceci dit, il est très bien réalisé, Spielberg est définitivement un maître de la lumière (totalement invraisemblable, mais qui épouse bien l’onirisme du script), et son montage et ses idées de personnages sont plein de petites idées visuelles assez mignonnes (le type qui se définit par les bulles de savon qu’il produit sans arrêt, le couple juif, le fan de Douglas Fairbanks). Et puis il y a l’acteur noir qui est dans Shining, et donc c’est bien.

twlightLe sketch de Spielberg est immédiatement démenti par celui de Joe Dante : là où le premier garde son curseur coincé sur une nostalgie sirupeuse de l’enfance, le second sert un épisode de très bonne tenue, qui traite des dangers de l’imagination des enfants, justement. Un gosse despotique a mis toute sa famille à sa botte : dès que quelque chose le contrarie, il utilise ses pouvoirs magique pour humilier ou terroriser son entourage. La mise en scène de Dante est vraiment drôle, la maison du gamin ayant tout cédé à son univers mental, mais avec une déviance inquiétante. Les dessins animés, diffusés pendant tout l’épisode, semblent être un prolongement du cerveau du gosse, en commenter les angoisses, les rêves et les pulsions. Tout, de la musique sucrée aux papiers peints, du prénom du tonton (Walt) aux costumes, témoigne de l’esprit totalitaire du garçon. Joe Dante, comme dans Gremlins ou Small Soldiers, triture l’univers de l’enfance pour en rendre un mix effrayant et punk : pour lui, le gosse, c’est l’ennemi, ainsi que la famille et la télévision. Même s’il termine son sketch sur une note optimiste et salutaire, on a assisté à un pur moment de délire morbide, un ersatz impur de Disney et de Tex Avery. Grand film.

twlight2L’épisode de George Miller est plutôt fun, utilisant la phobie de l’avion avec taquinerie. Un gars un poil nerveux croit voir un monstre occupé à détruire l’aile de l’avion dans lequel il se trouve, d’où forcément un peu d’inquiétude. C’est bien mené, joué avec humour par le depalmien John Lithgow, et n’a pas d’autre prétention que de faire flipper (ça a vieilli quand même, de ce côté-là). C’est l’épisode le plus proche de la série peut-être, en ce qu’il présente simplement une « tranche de vie », sans chercher de répercussion philosophique, avec juste la volonté de divertir. C’est assez réussi.