18837368_w434_h_q80Ca va finir par devenir un genre en soi : le film d'horreur pris en caméra vidéo de l'intérieur. Après Blair Witch, après Cloverfield, voici donc Rec, sur le même principe exactement. Une équipe télé qui fait un reportage sur les pompiers, se trouve emmenée pour une urgence dans un bâtiment ; là, ça va être une orgie de zombies hurlants, qui vont mettre leur point d'honneur à décimer tout le monde sans aucune hygiène. Le tout bien sûr filmé en caméra subjective par le cadreur, qui comme d'hab tient à tout filmer jusqu'au bout pour servir de témoin blabla.

Des trois films, Rec est peut-être le moins bon, parce qu'il arrive après, mais pas seulement. La faute au manque de confiance total de Balaguerò vis-à-vis de la croyance de ses spectateurs. Persuadé que ses images heurtées et documentaires ne suffiront pas à impressionner son public, il charge son film d'effets trop prévisibles (peut-être parce qu'ils ont déjà été tentés dans les deux autres films) : la caméra qui tombe mais continue à tourner quand même, la torche qui tombe en panne puis G161111191816727se rallume pile sur le monstre hurlant, des "cuts" à la serpette, le cadre qui se brouille totalement pour montrer la peur du cameraman, les flous, pour finir sur un dénouement en "vision nocturne" (pour le coup assez effrayante)... C'est trop, on sent trop la réflexion là-dedans, pas assez l'urgence. A trop mettre en scène son film, Balaguerò perd en véracité. Les gusses de Blair Witch avaient compris, eux, que l'imagination du spectateur est bien plus puissante que tous les effets du monde. Nul besoin de "vouloir nous faire peur" avec un tel labeur, ça marchait sans ça. Les acteurs, comme toujours dans ce genre de production, sont en-dessous de tout, et on ne peut pas s'attacher à cette journaliste hurlante et hystérique. On rêve de la voir enfin se faire écharper par les zombies. Dommage, car les scénaristes l'avaient chargé d'une sorte de stupidité, d'inculture crasse, qui correspondait bien avec son rôle de journaliste people médiocre.

1En plus, Balaguerò n'arrive pas à se départir de ce sacro-saint scénario, qui handicapait déjà ses films précédents : il lui faut absolument nous expliquer les causes de l'horreur, quitte à faire n'importe quoi (et là, on est vraiment dedans avec cette explication finale crétine). Il lui faut un début, un milieu et une fin, sinon il ne peut pas dormir. Encore une fois, on peut préférer le "non-sens" de Cloverfield, qui est d'autant plus effrayant que le danger vient sans justification (l'équivalent des attaques d'oiseaux hitchcockiennes, disons).

2Les qualités maintenant, qui sont nombreuses : le film est vraiment flippant. Il y a une sorte de crudité dans les attaques des zombies qui fait son effet, une brutalité sèche qui fout les jetons comme rarement. Il y a une petite fille, notamment, qui dévore de façon peu accorte le visage de sa môman, ou une petite vieille dépenaillée qui pousse des rugissements horribles, personnages frontaux très effrayants. Certains cadres, comme volés, montrent subitement un détail affreux, des brutes enragées qui se ruent dans un escalier, ou une forme fantômatique juste entrevue (beau monstre final). Le son, très travaillé quitte à être illogique dans le souci de réalisme du film, entretient une magnifique tension, du début à la fin. Bref, on n'est pas tranquilles, on grimace parfois par anticipation, et c'est bien rigolo d'avoir peur de temps en temps. Un film pour le plaisir, si on n'est pas trop regardant.

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