18894434_w434_h_q80C'est curieux de voir comme le cinéma américain change ses esthétiques de façon radicale ces derniers temps. Il y a eu la période Jurassic Park, où le réalisme passait par des effets spéciaux lisses et une forme très "pro", très "cellophane" ; mais, depuis le 11 septembre, disons, c'est comme si les cinéastes yankees s'étaient rendus compte que c'était bien dans l'amateurisme, dans l'image "sur le vif", dans le fait brut, que se cachaient la vérité et le vrai regard sur le monde. Après les images internet de Redacted, voici donc la caméra vidéo amateur de Cloverfield, qui semble bien enterrer définitivement les grosses productions trop lissées passées (avant le film, ils nous ont envoyé la bande-annonce de 10000, film qui semble déjà dater de Mathusalem).

Le principe : une sorte de Godzilla met Manhattan en pièces, sous l'oeil maladroit et saccadé d'une caméra vidéo tenue par un jeune gars engagé pour filmer une soirée entre potes. Une sorte de Blair Witch du riche, quoi. Le film est diablement efficace, il faut le reconnaître : le désordre soigneusement calculé des images 18894428_w434_h_q80donne à l'ensemble un aspect documentaire glaçant, même si on ne peut s'empêcher de sortir du film de temps en temps, à cause de l'invraissemblabilité des situations. Difficile de croire que le gars continue à filmer alors qu'il est suspendu dans le vide au sommet d'un building ou qu'une de ses copines se fait bouffer par la bestiole. Difficile aussi d'adhérer au jeu très "série américaine" des acteurs, gesticulants et peu sympathiques. Mais tout de même, on se sent happé là-dedans, grâce à plusieurs idées habiles : une errance dans un tunnel de métro brusquement accélérée dès que la lumière arrive ; un premier tiers du film où il ne se passe rien, et qui fait bien monter la tension ; des effets spéciaux complètement crédibles... et surtout une prenante reconstitution du 11 septembre, avec tout le "décorum" qui l'accompagne : papiers qui volent dans la rue, explosions de buildings, fumée qui court le long des rues, exodes hystériques. On se croirait véritablement revenus dans ces innombrables films d'amateurs pris ce jour-là, et Reeves parvient à retrouver quelque chose de la terreur qui émanait de ces documents.

Cela dit, et malgré le fait qu'on passe 1h30 les yeux rivés à l'écran, Cloverfield ne raconte pas grand-chose, 18888335_w434_h_q80ni sur la menace nucléaire (alors même qu'il convoque dans son film le Japon et Godzilla) ni sur ses compatriotes, ni même sur le monde tel qu'il est. Le film est juste un bon moment de terreur, très bien fait, mais un poil faiseur et trop écrit. Il aurait gagné à être totalement privé de héros, voire de trame, à être le simple enregistrement d'un désastre. Mais les Américains adorent les héros, que voulez-vous. Film à voir pour constater la métamorphose progressive de l'esthétique hollywoodienne, dont il restera sûrement comme un des pionniers ; mais si vous cherchez le fond, adressez-vous plutôt à de Palma.   (Gols 29/02/08)


18862605_w434_h_q80Bon, que puis-je dire de plus? Matt Reeves est tout de même diablement malin, de nous faire croire qu'avec une petite caméra, tout le monde est capable de réussir un film. Certes, on ne lésine pas dans les gros effets spéciaux de base, mais malgré tout, à partir uniquement d'une caméra, il fait preuve de beaucoup d'habilité, notamment dans le fait d'enregistrer sur une bande déjà utilisée - on retrouve ici et là le passé des deux protagonistes principaux - ou encore dans le fait de filmer des écrans de télévision pour obtenir un autre point de vue. Le type qui tient la caméra est tout sauf un manchot dans son utilisation très pointue des zooms - et des coupures - qui dynamisent l'air de rien l'ensemble de l'histoire; ensuite l'utilisation de la lumière de la caméra, comme sa vision dans le noir, sont parfaitement exploitées et on sent à quel point Reeves a tenté de tirer parti de toutes les possibilité qui lui étaient offertes; bien que tout semble laisser une grande place à l'improvistation, tout est calculé au millimètre et Matt Reeves réussit parfaitement son pari de départ. La créature, elle-même totalement effrayée dans ce dédale des rues de Manhattan, est également un des clous du spectacle parfaitement convaincant. Dommage en effet que sur le fond, on n'ait pas grand chose à se mettre sous la dent, attendant patiemment comme dans tout bon film d'horreur que la petite bande de départ s'amenuise au fil des catastrophes qui s'accumulent. Un belle forme pour le fun, plus novatrice qu'il n'y paraît, pour faire écho à mon camarade de chambrée.   (Shang 16/04/08)