"- Je ne suis pas aimé... / - Du moins convenez qu'en ce moment vous n'êtes point aimable."
"Acier contre acier, nous verrons lequel de nous deux a le cœur le plus tranchant."

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Rivette n'en finit pas d'explorer les revirements des sentiments amoureux dans une mise en scène qui se fait d'une grande sobriété. Portée par deux comédiens flamboyants (Balibar au timbre de voix inimitable et Guillaume Depardieu avec sa fougue butée), cette adaptation de La Duchesse de Langeais se joue pratiquement en deux parties : celle où la Duchesse se fait coquette et se voit courtisée sans rien céder et celle où Montriveau, têtu comme un zébu, se fait à son tour de marbre; ba17966quand il sera prêt à mettre sa rancune et sa fierté de côté, il sera bien sûr trop tard... Des dizaines de rendez-vous pour aboutir à un rendez-vous manqué. La séductrice a trouvé son rival. Le tournant du match se joue lorsque Montriveau, à bout, entreprend de kidnapper la Duchesse pour la marquer au fer rouge, sur son front, de son sceau. Celle-ci s'avoue vaincue et finit par déclarer sa flamme : toute la séquence est superbe d'émotion et de profondeur : alors que Montriveau s'apprête à la reconduire au bal d'où il l'a enlevée et lui demande de se bander les yeux pour ne pas qu'elle retrouve le chemin, celle-ci obéit, puis avoue y voir à travers : magnifique métaphore de celle qui n'a pas voulu s'avouer ses propres sentiments, s'est aveuglée elle-même, et finit par céder, par y voir clair; seulement comme dans beaucoup d'histoires d'amour, les deux personnages sont constamment à contre-temps, jouant à qui perd gagne. Quand chacun aura remporté sa manche, la Duchesse se fera la belle... avant de mourir recluse. Alors oui c'est du Rivette, un soin inouï est apporté au texte, aux intonations, à la mise en scène, et les deux seules échappées en extérieur (superbe décor naturel que celui du couvent des Carmélites) encadrent un film qui ne se joue qu'en lieu clos : avant que les sentiments ne s'échappent à l'air libre, chacun des personnages ne les ressent fébrilement qu'en lui jusqu'à la déraison. A prêt de 80 ans, le Rivette signe un film épuré d'une grande justesse... Serait-ce là sa dernière révérence ?   (Shang - 27/11/07)

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ne_touchez_pas_a_1Voilà un film qui devrait alimenter les gorges chaudes des ennemis du "cinéma français de qualité". Quand Rivette décide de verser dans le sombre, de ne se concentrer que sur le pur dialogue, il faut dire qu'on se met à regretter un poil la solarité de certains de ses films, et qu'on ronge son frein en attendant qu'il se dégage un peu d'émotion. Pesant et emphatique malgré la sobriété, Ne touchez pas la Hache est assez insupportable dans sa posture Lagarde et Michard ringarde. Filmage "maladif", comme privé de sève par l'emprisonnement et l'asservissement au scénario, montage trop empreint de dignité et de sobriété : on s'ennuie ferme pendant ces deux heures lourdement symboliques.

Le film est adapté, donc, d'un des moins bons romans de Balzac, un de ceux de sa morne période psychologisante, et du coup la mise en scène de Rivette s'en ressent énormément. On dirait que Bonitzer et 18742799_w434_h_q80lui-même se sont appliqués à garder toutes les grandes pensées de l'auteur, alors même que celles-ci sont presque l'antithèse du cinéma : dites comme ça, dans la rapidité du jeu, les répliques de Balzac perdent de leur sens, et deviennent de simples "bons mots" bien trop littéraires pour passer la barre du dialogue. La pauvre Jeanne Balibar, effectivement remarquable dans la difficulté, en est réduite à jouer contre le texte, ajoutant un peu de fantaisie à ce texte pesant ; Depardieu, quant à lui, semble un peu débordé par l'ampleur de la tâche. Les deux séquences signalées par mon camarade, et qui apportent effectivement un peu d'air à ce pensum de salle de bains démodé, montrent toute la faillite du reste du film : Rivette ferait mieux de se tourner vers la lumière 18742800_w434_h_q80(La Belle Noiseuse, Va Savoir étaient pour le coup des films tout en sentiments) plutôt que de livrer ce genre de films pour scolaires qui n'aiment pas lire.

Chiant, en un mot, bien trop écrit pour être du cinéma ; il faut espérer que Ne touchez pas à la hache n'est pas le dernier film de son auteur, histoire qu'il tire sa révérence sur autre chose que ce long bidule académique et toussotant.   (Gols - 10/04/08)