Charles4

Voilà un film qui fleure bon l'esprit de Mai 68 du côté de la Suisse , même si, c'est peut-être le rythme suisse qui veut ça, il y a un petit quelque chose d'un peu soporifique - ouais le comble par rapport à l'esprit de la révolution... Enfin bref, à l'heure des cent ans de son entreprise, un père de famille fait le bilan avec les journalistes - et réalise qu'il n'a jamais vécu la vie qu'il souhaitait ; il décide alors de couper les ponts. Dans un geste relativement symbolique (ah si), il casse ses lunettes dont il n'a jamais vraiment eu besoin et qui l'ont, d'après lui, empêché, jusque là, de voir la réalité en face. Il s'installe dans un premier temps dans un hôtel avant de faire la connaissance par hasard d'un couple à la coule. Ces derniers bazardent sa bagnole dans un fossé - objet qui d'après lui pousse à l'incommunicabilité et renforce le pouvoir des grands groupes pétroliers, bien -  et notre pater de pouvoir vivoter enfin à sa guise : il donne un coup de main à ce peintre qui se définit comme un barbouilleur, flirte (enfin surtout elle) avec sa compagne, fait la popotte et se saoule à ses heures perdus. Plutôt que de vivre au contact de son fils qui représente pour lui le "pur commercial et homme d'affaires" qui ne pense qu'à la thunasse, il se rapproche de sa fille, étudiante en lettres et révolutionnaire à l'occase. Celle-ci d'ailleurs donne à apprendre au peintre une série de dictons pour chaque jour de la semaine, des petites formules à vivre au jour le jour donc, genre carpe diem, quoi. On comprend parfaitement l'idée de Tanner et la trajectoire de cet homme, dommage tout de même que le film, parfaitement dans l'esprit de la Nouvelle Vague, perde un peu de son souffle au fur et à mesure, comme si cette petite utopie était destinée à demeurer une vision - réaliste certes (surtout 40 ans plus tard) mais on aurait voulu un peu plus y croire - ou plus précisément qu'il nous y fasse croire avec plus d'allant... Il y a tout de même, soyons positif, un vrai regard critique sur cette société engoncée dans son formalisme et ce petit air frais -suisse- est comme une petite bulle salvatrice.

Charles8