Voilà sûrement l'oeuvre la plus hypnotique du Werner - la plus ennuyeuse aussi si on est pas d'humeur mais ce serait dommage - qui, en de longs plans-séquences, en de longs travellings ou panoramiques jusqu'à l'infini, filme le désert du Sahara. Découpé en trois parties (La Création, le Paradis et l'Age d'or), le film fait la part belle à ces décors désertiques, parfois lunaires ou même parfois curieusement féminins (magnifiques plans sur les dunes)... où l'on trouve ici et là des carcasses laissées par la colonisation.

5

La première partie défile sur un texte tiré de la mythologie Maya (le Popol Vuh, me suis renseigné...) sur la création de l'humanité; seulement aucune trace de l'homme, ou plutôt si justement, que des traces avec ces déchets dont il a parsemé la Création ici et là. Musique classique envoûtante, texte venu d'ailleurs, Herzog laisse défiler les images avec une grande fluidité, comme s'il satklee2tentait de poser un regard neuf, sans à priori, tout en laissant planer une certaine ironie dans cette vision des choses. La deuxième partie touche véritablement à l'état poétique, non seulement grâce au texte magnifiquement écrit (audacieuses comparaison entre le paradis et la mort), à la musique vintage de Léonard Cohen (son meilleur clip à ce jour) et des images souvent troublantes comme celle de ce garçon tenant un fennec dans les bras, ce groupe de petites filles qui s'approche timidement au loin ou cet exilé qui disserte sur les aptitudes des lézards. C'est aussi purement contemplatif, comme une sorte d'état second qu'Herzog parvient à capter, comme ces nombreux mirages (Fata Morgana), ces images déformées, enregistrés par la caméra dans la chaleur du désert. L'ultime partie vire plus dans le burlesque avec cette séquence lynchienne d'un homme dont la voix est déformée par un micro, accompagné dans son "chant" par une grosse femme au piano. On ne sait plus si l'on est dans le délire, le burlesque ou l'ironie, tant certaines visions sont d'une curieuse étrangeté - l'image de cet homme grenouille qui disserte sur une tortue et qui finit par faire plus penser à une grenouille qu'à un homme...

fatamorgana1

Cette vision m'a certes laissé un peu désemparé, ne sachant pas toujours si j'avais parfaitement saisi le véritable projet du réalisateur (sait-on jamais?), mais également dans la certitude d'avoir assisté à quelque chose qui tient plus du miracle (aucune opinion ne venant véritablement"polluer" les images) que du simple documentaire. A regarder paisible.

Venez vénérer Werner : ici