screen_1Présenté comme le film le plus "fascinant" aux yeux d'Ingmar Bergman, on a un peu du mal de prime abord à faire le lien entre cette confession d'un prostitué black homo et l'univers du maître suédois... Si ce n'est sûrement la volonté d'aller aux tréfonds de l'âme humaine. Jason raconte son parcours et diverses anecdotes lors d'une seule soirée, de plus en plus imbibé par l'alcool (sans parler des ptits pétards); se mettant résolument en scène comme s'il parvenait enfin à réaliser son rêve de faire le one man show de sa vie, on passe d'un rire omniprésent ponctuant chacune de ses histoires (de son enfance sous les coups de son père à ses expériences de gigolo, en passant par ses aventures en tant que "houseboy") à des larmes un peu glauquissimes sur la fin de l'interview; la voix des interviewers se fait d'ailleurs sur la fin de plus en plus pressante, voire carrément hostile, à tel point que le spectateur finit presque par se sentir comme un voyeur assistant en direct à un naufrage. On est en pleine période expérimentale et cette "caméra-vérité" semble traquer son sujet dans ses moindres recoins faisant la part belle à cette personnalité résolument extravertie jusqu'à l'excès : on assiste presque à une "surexposition" qui, à l'image des nombreux flous entre deux scènes, vire à l'autodestruction, dissolvant au passage le personnage central qui se noie en lui-même. Certes l'absence de sous-titres est un peu frustrante - quelques réparties m'ont un peu échappé, je dois l'avouer - mais d'un autre côté ce Jason possède un réel magnétisme qui donne tout son intérêt à cette expérience in vitro. Bluffant bien qu'un poil affecté.