Sans_titreL'esthétique québecoise des annes 70 n'a franchement rien à envier aux bons vieux feuilletons français de papa : La Mort d'un Bûcheron, classique de nos compatriotes à accent, est une sombre horreur qui rappelle les temps des scopitones de Sheila ou des Rois Maudits. Couleurs qui font penser que le film est resté dans le tambour d'une machine à laver en plein régime depuis 35 ans, musique infâme, montage lourdingue et au minimum syndical, mise en scène inexistante.

Pourtant, il y a quelques charmes dans cette intrigue psychologico-policière, quelques inspirations discrètes mais intéressantes. A commencer par le personnage principal, une jeune écervelée aux formes avantageuses lancée à la recherche de son père bûcheron qu'elle n'a jamais connu. Le parcours du film suit sa trajectoire, depuis sa soumission vis-à-vis des hommes et son irresponsabilité Sans_titre5politique premières jusqu'à la vérité finale qui l'oblige à réfléchir et à s'engager dans sa vie. Carle semble bien vouloir faire son manifeste féministe à lui, dans ce portrait de femme qui s'émancipe en direct. De victime, Marie va devenir maîtresse de son corps (elle met tout le film à obtenir un orgasme), de son destin et de son mec (le gars se retrouve comme une quiche quand il découvre qu'elle ne veut plus de leur relation). Au contact du destin syndical de son père, à la découverte de l'engagement politique, et surtout à travers ses relations avec deux femmes (l'une est une ex-girl émancipée, l'autre une militante pro-avortement qui a posé des posters de Mao et de Castro dans son appart, la subtilité selon Carle), elle devient une fille d'aujourd'hui. On prend note de l'effort.

Malheureusement, la mise en scène dément tranquillement cet engagement : Carle semble beaucoup plus Sans_titre2préoccupé par la plastique avenante de Carole Laure que par sa métamorphose en chienne de garde. Le film est parsemé de scènes de danse ou de poses de mannequins, dans lesquelles la belle Carole se dandine dans le plus simple appareil, la caméra s'attardant complaisamment sur son cul, ses seins, l'ondulation de ses hanches, etc. Certes, ça donne un bien beau spectacle, la demoiselle étant à mourir. Mais ça tue aussi toute tentation d'interpréter ce film comme un manifeste politique pour l'émancipation féminine. Le film domine son actrice tout en parlant de sa libération, et opère une valse hésitation qui finit par manquer de sincérité. D'autant que les danses en question sont littéralement intenables de kitcherie surrannée ; le ponpon du ridicule est atteint avec cette imitation du félin, croupe ondulante, griffes sorties, et... oiseau mort dans la bouche. Mort de rire. C'est érotique comme un clip de Régine.

Sans_titre4Beaucoup trop long, sans suspense réel, peuplé de personnages caricaturaux, mal rythmé, La Mort d'un Bûcheron devient alors très vite un pesant pensum qui se regarde avec un bâillement toutes les deux minutes. La résolution du mystère, banale, arrive alors qu'on est assoupi depusi longtemps, trop tard pour ranimer l'intérêt, d'autant qu'il dépasse tout en terme de lourdeur de mise en scène (un flash-back tout en bruits de mitraillette et en forêt rouge sang, affreux). Pour les étudiants en phonétique, remarquez, y a de la matière niveau accent et expressions québecoises rigolotes (vous connaissiez, la "cookerie" ?). A part ça...