18796122_w434_h_q80Caméra d'or en 2007 (je me suis planté sur Control qui n'a reçu qu'une mention spéciale), voila un film israélien qui sort des sentiers battus sans mauvais jeu de mot (ou malgré moi). A travers trois histoires, les deux réalisateurs font la chronique de six personnages qui par l'intermédiaire d'un tiers vont parvenir à se rapprocher, ou à mieux se comprendre (au sens réciproque ou réflexif - ouais déformation professionnelle du prof de FLE). Si les personnages et la dramaturgie sont parfois un poil convenus, la mise en scène minimaliste centrée sur les personnages et les quelques bouffées surréalistes donnent au film une belle tenue et un véritable charme.

Il y a d'abord l'histoire de cette femme incapable de dire à son mari de "rester" ou, alors, à contretemps, une fois que le camion de déménagement s'est déjà éloigné. En proie aux doutes, elle va tomber sur une petite fille qui émerge soudainement de l'océan (la gamine a d'immenses yeux bleus de noyée). Par ce biais et avec l'aide d'une photographe qui, elle, tente de rompre avec son passé, elle va revenir sur les traces de son enfance et tenter de renouer le fil là où il s'était cassé. Cette gamine O101056ndine va lui permettre de replonger dans un souvenir traumatisant, lorsque, elle-même enfant, elle se baignait alors que ses parents se déchiraient sur la plage. Ce conte est sûrement le plus attachant aussi bien par la présence magique de cette enfant qui s'accroche à sa bouée et se fera salvatrice que par le jeu de la comédienne adulte, charlottegainsbourgienne au possible, pleine de désarroi et d'émotion rentrée.

Les deux autres histoires sont celle d'une nurse philippine, qui a laissé son enfant au pays et qui fera le lien entre une mère acariâtre et sa fille, une comédienne de théâtre contemporain. Certes le dénouement est un peu attendu, mais il y a une belle réflexion à la fois sur le conflit de génération et le choc des cultures. L'autre récit enfin concerne un jeune couple qui part du mauvais pied (forcément la mariée se pète la cheville le jour du mariage) et qui par le biais d'un événement tragique (le suicide d'une des personnes qu'ils croisent dans leur périple) vont parvenir à mieux "s'entendre" faisant fi de la jalousie et des tensions (les rapports de force) qui règnent dans leur couple. Un bel apprentissage de l'autre qui tord le coup aux petites incompréhensions qui peuvent naître dans un couple et le miner rapidement.

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Sans forcer le trait, sans emmêler à loisir ces trois destinées qui se croisent fortuitement, les deux cinéastes parviennent à trouver tout du long une petite musique originale et personnelle (et c'était pas gagné en ouvrant le film sur "la vie en rose" - coup de bol c'est une version en hébreu). Le film est bien écrit aussi bien dans sa construction narrative que dans ses dialogues, à l'image de cette poésie centrale à l'histoire (et aux petites histoires) sur ce bateau en verre qui flotte au dessus des méduses - comme si chacun se devait de briser sa coquille pour régler tous les petits problèmes et autres affres du doute qui flottent en chacun de nous. Aucun fatalisme, aucune volonté de noircir le tableau pour le plaisir, juste trois contes qui évoquent avec tact les difficultés de tout un chacun et la possibilité d'une rédemption. C'est léger sans niaiserie, suffisamment poétique pour laisser à chacun de la place pour ses propres projections, une belle petite parenthèse d'espoir venant de ce côté de la terre.