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Voilà un solide film d'espionnage, qui réserve son lot de prouesses techniques, d'humour finaud et de couple glamour. On est dans le bon vieux Hitch totalement pro à tous les postes, ni plus ni moins, dans la veine de ses films anglais période 1934-1938 : amusants, plein de suspense et de rebondissements, et très maîtrisé.

Autant dire que Foreign Correspondent n'est pas le meilleur Bouddha ; mais il contient suffisamment de moments de bravoure pour y trouver largement son compte. D'abord au niveau technique, où pour le coup 3on est dans le haut du panier : il y a une scène finale de crash d'avion complètement bluffante, avec ce plan sans coupe pris de l'intérieur du cockpit : la mer se rapproche, crash, et l'eau s'engouffre dans la cabine, tout ça en un seul plan, ça a pas dû être simple. Hitch est toujours très attentif à ses ambiances, et cette scène doit figurer dans ses plus grandes réussites au niveau de la tension. On est dans l'avion avec les acteurs, parfait. Il y a aussi une séquence esthétiquement magnifique dans un moulin, où le décor, tout en angles saillants, en escaliers torves, et en profondeurs inquiétantes, se rapproche des grands films muets allemands. Le héros (Joel McCrea, nickel), caché dans cet espace occupé par des espions, jongle avec les volumes et les perspectives, et on a l'impression que le décor devient vertical, presque en à-plat. Belle façon d'envisager l'espace de l'écran de cinéma, d'autant que le montage de cette séquence, impeccable, ajoute à l'impression d'ampleur dans un lieu confiné. Voir sans être vu, voilà l'objectif de la scène, et un des thèmes hitchcockiens les plus fréquents : il trouve ici son plus bel accomplissement.

Il y a bien sûr, c'est obligatoire, 200 idées visuelles dans le film : une poursuite entre le héros et un meurtrier au milieu des parapluies londoniens (encore une fois, Bouddha utilise les clichés de chaque pays qu'il traverse Foreign_20Correspondent_20pic_202pour s'en amuser et en explorer les possibilités ; ce sont les parapluies ou les tours à Londres, ce seront les moulins en Hollande) ; les ailes d'un moulin qui tournent à l'envers pour émettre un code secret ; une escalade marrante sur le toit d'un hôtel (le personnage heurte l'enseigne de l'"Hotel Europe" qui se transforme en "Hot Europe", marrant) ; une scène d'interrogatoire très étrange, tout en lumière et en raffut. Il y a aussi un couple qui tient parfaitement la route, un de ces petits miracles de complicité que Hitch atteint parfois. A ce niveau-là, la demande en mariage qui dure environ 3 secondes est renversante dans son écriture ; le gars a à peine le temps d'ouvrir la bouche que c'est déjà plié. Foreign Correspondent est d'ailleurs un des films les mieux écrits de Bouddha, avec des dialogues rapides et fins qui développent des personnages convaincants : le principal, un journaliste inculte au grand coeur, est l'archétype du héros viril tel que le conçoit Hitch ; celui joué par l'immortel George Sanders, courageux et flegmatique, est parfait dans son dandysme déchu.

5A noter que c'est aussi un des seuls films directement politiques de son auteur (avec Topaz et Aventure Malgache, disons), et qu'il permet de se rendre compte que Bouddha était aussi un grand utopiste pacifique, très au point quand il s'agit d'écrire un monologue plein d'humanité. Le "méchant", un des meilleurs de sa filmographie, rappelle d'ailleurs le Claude Rains de Notorious (tout comme ses rapports avec sa fille) : fasciste par dépit et par abandon, dévoré par la culpabilité, mais gardant en façade le masque de la grande bourgeoisie sans scrupule (Herbert Marshall, opaque).

Il y a bien ça et là quelques longueurs, au centre du film notamment, quelques théories purement verbales qui rompent le très bon rythme d'ensemble. Mais on excuse Hitch pour ces quelques baisses de régime, puisque Foreign Correspondent doit avant tout être considéré comme un film de propagande humaniste, une sorte de vision énamourée de l'Angleterre par un Anglais immigré aux States ; difficile d'éviter le verbiage dans ces cas-là. Satisfaction totale au niveau de la mise en scène, bien sûr. (Gols 13/03/08)

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Que faire sinon surenchérir ? L'ami Gols passe en revue tous les moments forts de la chose - et on aurait presque l'impression parfois que Hitch a inventé le film d'espionnage tant il enfile avec art les scènes clés et incontournables du genre. Dès le départ (c'est rien et pourtant c'est un peu tout), quand le directeur du journal du Globe, lors de sa discussion avec McCrea, s'avance vers l'écran (le point est alors fait sur lui, McCrea devient flou), sourit, puis revient au niveau de McCrea, on se dit que Hitch est trop fort : il a mine de rien, grâce à un petit pas de côté de son acteur et une technique au taquet, mit en relief ce sourire - le genre de petit détail qui met la banane - pas un manchot, l'Alfred, pour toujours trouver des micro idées de mise en scène signifiantes.

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Beaucoup aimé (tout en repassant sur les pas de Gols, forcément), cette forêt labyrinthique de parapluies (bel hommage anachronique à Demy) dans lequel le héros tente de prendre la fuite (you got it ?), ce moulin (je suis un spécialiste des moulins, par simple origine) sorti tout droit d'un film de la Hammer, avec notre ami McCrea qui s'y engouffre et qui met le doigt (et son-pardessus) dans l'engrenage (c'est pour lui le début des problèmes : la curiosité est toujours une sorte de mise en danger), cette histoire d'amour en quatre temps d'une efficacité terrible (la rencontre et la maladresse de McCrea (maladroit, mais touchant...), la déclaration d'amour plus spontanée et rapide qu'un éclair (Laraine Day et son regard aussi translucide que l'aurore), la brouille sur un quiproquo et la réconciliation après un épisode dantesque (le danger + "l'ombre" du père que chacun parvient à gérer). Le discours final, là encore comme le souligne très bien Gols, est teinté de politique et dénoterait presque dans un film de Hitch tant il incarne "monsieur tout cinéma" - mais l'heure est grave et l'on peut aisément comprendre ce petit écart... 17, cela me paraît une note tout à fait valable. (Shang 02/06/19)

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