Cette adaptation de Dashiell Hammet tient son rang en tant que film noir, avec son lot de bastons, d'érotisme distillé, d'action, de corruption et d'intrigue un poil alambiquée. Si Alan Ladd n'est pas Bogart, il apporte une certaine froideur, aussi bien dans ses amitiés que dans ses amours, qui en fait un personnage assez intéressant dans le genre, pas si facile que cela à cerner. La blonde et évanescente Veronika Lake est également suffisamment troublante pour donner du piment à quelques séquences.

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Difficile de résumer l'histoire en deux trois lignes: un certain Madvig, homme public et forcément corrompu, décide de s'allier soudainement au parti de Henry pour gagner le coeur de sa fille, Janet (Lake). Tournant le glasskeydos à Nick Varna, qui contrôle la pègre, il s'expose à quelques représailles. Cela se corse, d'autant que le fils de Henry, Taylor, un joueur invétéré, flirte avec la soeur de Madvig, ce qui a le don de peser sur les nerfs de se dernier. Lorsque Taylor est retrouvé mort, le nez dans le caniveau, tout accuse Madvig. Heureusement son fidèle homme de main, Ed Beaumont (Ladd), veille sur la réputation de son boss et fourre sa truffe un peu partout pour démêler l'écheveau. Bon pas de panique, c'est tout de même au niveau du scénario relativement facile à comprendre, la caméra suivant surtout à la trace le charmant Ed. Sa première rencontre avec Janet est tendue comme un mini slip en cuir au soleil, celle-ci ne cessant de lui faire des oeillades du diable. On est presque obligé de se repasser la scène pour comprendre la discussion qui a eu lieu pendant ce temps (mais finalement on s'accroche encore à ces regards d'ensorceleuse et on laisse le fil se dérouler pour ne pas y passer la nuit). Elle pense bien se le mettre dans la poche mais l'autre la remballe comme un colis DHL. Il tombera par la suite son quota de petites pépées - une infirmière, classique, la femme d'un éditeur, trop facile - tout en prenant pas mal de coups dans la tronche; son point faible étant la baston, lorsqu'il tombe entre les mains des hommes de Varna, il se prend véritablement la branlée de sa vie (le gros dur sadique qui lui tombe dessus n'y va point de main morte, madonna !); il parvient à s'échapper en passant à travers une verrière avant de se splatcher correctement sur une véranda, achevant sa chute au beau milieu d'une table - la maîtresse de maison est sciée; filmée en plongée la séquence est joliment ourlée. On a droit également à quelques rebondissements dans les derniers cent mètres du meilleur effet, la carapace du Ladd finissant sur la ligne par craquer.

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Cela n'a peut-être pas la rigueur ni la prestance du Faucon Maltais, mais on prend plaisir au petit charme un tantinet venimeux et ondoyant de la Lake et à ce personnage joué par Ladd confiant en action mais dérouillant sa mère. Il ne se démonte cependant jamais, bien que cassé en mille morceaux, finissant presque par charmer la grosse brute (qui le serre d'un peu près...) à qui il finira par faire cracher le morceau. Loyal et dévoué, il y trouvera même son compte en se noyant dans le regard de la Lake - sûrement déjà fait 32 fois, mais j'ai po mieux sous la main. Je ne garde point en tête le roman de Hammet, sur 1h20 Heisler a dû tout de même pas mal élaguer, mais signe un film efficace et totalement dans la veine du genre. Bizarre que ce Heisler n'ait pas vraiment laissé sa marque sur les années 40 et 50, se cantonnant ensuite à des séries télé.