A 81 ans, Wajda n'a pas perdu l'envie d'évoquer l'histoire de son pays et d'exhumer l'un des massacres les plus sanglants de la Pologne, l'une des pages les plus horrifiques du XXème siècle. Katyn est ce charnier où furent retrouvées des centaines de milliers d'officiers et d'intellectuels polonais, assassinés par les soviétiques en 1940 mais qu'ils mirent, dès la fin de la guerre, sur le dos des Nazis. Wajda ouvre d'ailleurs son film sur cette population, l'une fuyant l'arrivée des Allemands, l'autre celle des Russes qui se croisent symboliquement sur un pont... Entre la peste et le choléra, faut reconnaître qu'il y avait de quoi paniquer. En suivant le destin d'hommes et de femmes faits prisonniers ou devant vivre sous cette occupation, il tente de retracer l'un des événements les plus dramatiques de la seconde guerre mondiale.

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Au niveau narratif, Wajda prend le parti d'éclater quelque peu son récit entre, principalement, huit personnages principaux : une jeune femme dont le mari officier est prisonnier par les Russes en 39, sa mère dont le mari universitaire est fait prisonnier par les Allemands, un lieutenant et un général également regroupés dans un camp russe et dont les femmes après la guerre vont se battre pour leur mémoire - en d'autres mots pour que les occupants russes reconnaissent qu'ils sont les investigateurs du massacre de Katyn alors qu'ils tentent de masquer la vérité. Ce n'est pas toujours facile de savoir qui est qui, d'autant que certains personnages font soudainement leur apparition dans la deuxième heure du film, comme la femme du lieutenant ou encore le neveu de la première jeune femme dont on suit brièvement le destin (si vous êtes perdus, c'est un peu normal). Bref, Wajda tente de rétablir toute la vérité sur ce massacre perpétré froidement par les Soviétiques avec force reconstitution et images d'archives. Toute la fin, qui revient sur les exécutions en tant que telles, est forcément horrifique et le long écran noir qui conclue ces deux heures finit non seulement de sonner le spectateur mais symbolise aussi ce long trou noir mensonger des autorités de l'ex-URSS. On retrouve bien la marque de Wajda dans certaines scènes symboliques qui font écho à ses tout premiers films : le drapeau polonais coupé en deux par les communistes qui laissent flotter la partie rouge pendant que la partie blanche est littéralement "foulée au pied" (on se rappelle les tâches sanglantes sur un drap blanc dans Cendres et Diamants); de même ce Christ dont il ne reste qu'un bras pendu à la croix alors que Soviétiques et Allemands occupent le pays (comme un écho de l'image impressionnante du Christ tête en bas dans le même film). Il y aussi cette très belle scène après guerre du neveu qui défie les Russes et qui s'échappe en montant un escalier (Dans Génération, il s'en jetait) avant de trouver ici une échappatoire par le toit - s'il s'en sort son répit sera de courte durée. Alors que les hommes sont souvent incapables d'échapper à leur condition de prisonniers "en attente" (scène "christique" (un poil forcée) de ces hommes se réunissant le soir de Noël dans le camp - photo ci-contre), les femmes, elles, vont tout faire après guerre pour se démener et tenter de faire éclater la vérité, quitte à y perdre leur liberté. Un fil narratif pas toujours évident mais qui se démêle tout de même avec une certaine rigueur.

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On pourrait certes être un peu moins emballé par ce côté "reconstitution historique en couleur avec costumes et tout" filmé parfois de façon un peu plate - surtout en repensant au style beaucoup plus brut de décoffrage des premières oeuvres de Wajda filmées dans les ruines même de l'Après-guerre - mais sachons reconnaître à Wajda le courage d'affronter ce thème quelque 70 ans après les faits. Un beau "devoir de mémoire".

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