BigSky_1_Truffaut disait que la particularité de Jules et Jim tenait dans le fait que généralement lorsqu'une femme tombait amoureuse de deux hommes, l'un était toujours dans le camp des méchants et l'autre dans celui des gentils. Il avait dû oublier ce film de Hawks où une femme se dresse sur le chemin de deux hommes qui s'apprécient à leur juste valeur, l'un étant peut-être plus expérimenté (Kirk Douglas) mais les deux faisant preuve de la même honnêteté, bravoure, responsabilité et tutti quanti.

Bien qu'il s'agisse d'un grand film d'aventures -la remontée en bateau du Missouri, on se croirait parfois dans un roman de Harrison ou de James Welch- avec de nombreux dialogues savoureux en françaElizabethThreatt_1_is soit dit en passant - Hawks parvient parfaitement à nous faire toucher du doigt l'amitié entre les deux hommes et la séduction progressive de la captive. Plantureuse et magnifique Elizabeth Threatt dont il s'agira du seul rôle au cinéma. On est presque parfois plus du côté de l'univers de Casablanca que dans celui d'un western de Ford. C'est ce qui fait toute la force de Hawks de parvenir à nous faire suivre d'aussi près la destinée de ses multiples personnages tout en nous proposant un voyage au long cours. Quelques magnifiques scènes telles que la saoulerie dans le bar ("I love drinking whisky alone, but I must remember to go home"), les corps à corps entre l'indienne et Dewey Martin (un tantinet trop gominé et brushé, il devait avoir les maquilleurs de Lost), les scènes de franche camaraderie autour d'un bon feu, ouais mon gars ou encore celles plus vivantes que jamais du bateau qui essaie de remonter le courant tel un saumon.

Hawks en quelques phrases d'un dialogue limpide exprime toute la "maladie" de ces hommes blancs qui ne pensent qu'à "saisir" tout ce qu'ils peuvent, quitte à le détruire. Magnifique fin allant dans ce sens lorsque Dewey Martin décide d'abandonner l'indienne après avoir couché avec elle (Douglas est vert) mais qui finalement prend son courage à deux mains et revient sur ses pas: Homme blanc pas toujours bon mais faut pas désespérer! Homme blanc bon fond mais s'en sert po toujours.   (Shang - 18/07/06)


a_20the_20big_20sky_20LA_CAPTIVE_AUX_YEUX_CLAIRS_9Oui, on est dans le solide film d'aventures impeccable des années 50, mené tranquillement et professionnellement par un Hawks en grande forme. Acteurs glamour comme c'est pas permis (pour ma part, je trouve cette petite Indienne, Elizabeth Threatt, un poil gourdasse), gros paquets d'aventures (ça va d'un bateau qui s'enlise dans les branches à une attaque de Crows, en passant par un complot mené par des Blancs vénaux), musique romanesque qui donne envie de grimper sur un cheval, camaraderie à base de pintes de whisky et de dialogues au coin du feu... C'est du savoir-faire à l'ancienne, très beau, souvent drôle (la scène où on coupe un doigt à ce pauvre Kirk Douglas complètement bourré est franchement rigolote), et qui sait donner à tous les personnages sa dose d'humanité bienveillante - y compris aux Indiens, ce qui n'est pas dommage : ma préférence va à Poor Devil, un Black Feet errant et un peu simplet, qui parsème le film de son rire niais mais s'avère être un implacable chasseur.

a_20the_20big_20sky_20LA_CAPTIVE_AUX_YEUX_CLAIRS_3Le plus beau est cette envie évidente de Hawks de tirer son film vers le pur documentaire : le carton du début annonce qu'il s'agit de retracer le périple des pionniers américains, qui ont remonté le cours du Missouri pour explorer la "splendide Amérique", et c'est exact que The Big Sky se laisse souvent aller à la simple contemplation énamourée d'un pays, d'un ciel, d'un panorama. Au milieu de ces vastes décors, Hawks filme souvent de simples scènes d'hommes au travail : comment hâler un bateau, comment négocier une peau, comment dansait-on en 1815, comment catapulter un chevreuil (oui)... Je n'irai pas jusqu'à comparer ça à Païsa de Rosselini, mais il y a là-dedans quelque chose de la noblesse du travail, de la simplicité des gestes ; un portrait "d'hommes entre eux", courageux mais modestes, fraternels et solidaires. Les aventures sont d'ailleurs la plupart du temps vite réglées pour laisser toute leur place à ces moments d'observation simple. Un film à 2000% américain, mais pour cette fois dans le bon sens du terme.   (Gols - 02/03/08)