G163551363399463Après Où est la Maison de mon ami, le cinéma iranien n'a pas épuisé le filon de la fourniture scolaire, et il est à nouveau question ici d'un petit cahier qui va silloner les routes de campagne afghanes, en symbolisant tranquillement le désir d'émancipation des femmes, la révolte des Modernes contre les Anciens, l'enfance brisée et la beauté de l'éducation.

Le nouveau film du clan Makhmalbaf (dans la famille, je demande la fille cadette) est un fort beau moment, poignant et simplissime, qui tord souvent les tripes. Un peu prisonnière des références à ses pères (surtout Kiarostami, donc, mais aussi Le Tableau noir de sa soeur), Hana a peut-être un peu de mal à trouver une véritable originalité de scénario. Son histoire d'enfants qui remettent en scène, en miniature, les erreurs de leurs parents (faire taire les femmes, jouer G1635587925153aux talibans) pourrait être vraiment intéressante, si elle ne tombait pas dans la copie des films d'enfants déjà existants. Sa mise en scène n'est du coup pas passionnante, malgré de très jolis gros plans au plus près des visages dans le début du film, et une belle appréhension de l'espace ; il faut dire que ses décors naturels n'ont pas besoin d'un grand metteur en scène pour être spectaculaires : des grottes troglodytes placés à flanc de roche, d'immenses plaines désertiques et fissurées. L'aridité de cet univers rend encore plus insoutenable le parcours initiatique pitoyable de la petite Bakhty, remplie d'envie d'aller à l'école et qui se heurte aux difficultés. Comme Kiarostami, Makhmalbaf parvient à merveille à faire un évènement d'une minuscule chose : un oeuf qui se casse, une flaque d'eau, un pépé qui déchire une page de cahier pour en faire un bateau, autant de retournements de scénario qui équivalent en gros au naufrage du Titanic pour un réalisateur américain. En ne lâchant pas d'une semelle sa petite actrice, sorte de Ponette solitaire et volontaire, la réalisatrice nous la rend absolument attachante, et ses petites aventures deviennent une longue quête passionannante.

G16355192130764D'autant qu'à travers ce petit bout de chou, Le Cahier parvient à parler clairement de choses beaucoup plus vastes : Bakhty est finalement une rebelle, l'archétype du combat de libération des femmes dans ce pays sclérosé ; plutôt que de baisser les bras devant les garçons, elle préfère s'évader, affronter, manifester sa colère ; plutôt que de ranger le rouge à lèvres interdit, elle en couvre les joues de ses camarades de classe ; elle ne renonce jamais à l'éducation, malgré les accidents de parcours, malgré les peurs et les difficultés. Très beau personnage, donc, incarné par une fillette que Makhmalbaf arrive toujours à rendre humaine malgré la force de son symbole. Le trait est parfois un peu lourd (le cerf-volant qui brûle, c'était vraiment nécessaire ?), le film se délite un peu dans sa deuxième moitié faute de savoir relancer l'action ou de trouver les bons tempi, mais Le Cahier reste un film courageux, d'une belle liberté et d'une non moins belle insolence. Les derniers plans, désabusés, assez terribles, ne font pas oublier la lumière précieuse qui émane de ce film âpre et doux en même temps.