Quelques mois après sa sortie, Une Jeunesse chinoise n'étonne point par ces soi-disant fameuses scènes de cul (po beaucoup de changements de position... classique quoi...), ni même pour avoir pris pour toile de fond les événements de Tiananmen de juin 1989, mais surtout par la tristesse qui se dégage de l'ensemble. Un peu comme si suite à la cassure de ce mouvement étudiant, toute envie de passion, de mouvement, de bonheur était mort dans cette jeunesse chinoise; c'est en tout cas ce qui finit par transparaître de la relation amoureuse impossible entre Yu Hong (excellente et émouvante Lao Hei) et Zhou Wei.

summerpalaceLe film pourrait se découper en deux grandes parties : l'été 89 à Pékin et la relation "tapageuse" entre les deux amants, puis les dix années de séparation que, lui, passe essentiellement en Allemagne alors que, elle, dérive dans les grandes villes chinoises (Wuhan, Chongqing...). La première partie possède une vraie dynamique même si on assiste constamment à un éternel "je ne peux vivre ni avec toi ni sans toi". Yu Hong conte en voix off ce qu'elle écrit sur son carnet bien joliment écrit ma foi : on ressent chez elle un véritable "mal être" - superbe scène lorsqu'elle s'allonge et se tord sur le toit alors que la caméra s'élève (un petit air de déjà vu certes, mais qui fonctionne ici assez bien sur une musique au taquet) -, une véritable difficulté à vraiment communiquer avec les autres, à se confier, et seules les scènes d'amour semblent lui donner la possibilité d'exprimer comme elle le dira plus tard "toute sa bonté". Le déchirement entre les deux amants culmine lorsque la manifestation étudiante est brisée (Lou Ye évite tout véritable discours politisé pendant les événements et se contente de montrer une poignée de policiers qui tirent en l'air... - ce qui ne lui évitera point, à lui et à sa productrice, l'interdiction de tourner pendant 5 ans en Chine... eh ouais) et les scènes de panique sont relativement prenantes. Il y a d'ailleurs une certaine émotion qui se dégage de ces étudiants qui partent, enthousiastes, manifester (Lou Ye a d'ailleurs la bonne idée de remontrer ces images lors du générique de fin comme pour souligner ces instants de liesse finalement brisés) et si Yu Hong ne semble pas trop comprendre ce qui se passe, emportée par la foule, toutes ces séquences mouvementées traduisent parfaitement ses propres tourments intérieurs. Incapable de se reconnecter à lui, elle finira par se faire la malle, quittant délibérément l'homme de sa vie.

Il est vrai que la seconde partie traîne un peu en longueur; même si par ce biais Lou Ye parvient à montrer
149153924_175b4f45e9 comment les deux amants séparés semblent dorénavant plus errer que vivre (Yu Hong se jette dans les bras des hommes qui passent, un peu au hasard - chafouine, la bougresse, mais totalement dépassionnée), il ne se passe quand même pas grand chose de formidablement intéressant. Il enchaîne de longues séquences sans dialogues, portées là encore par une musique assez emballante, mais on n'attend qu'une chose, qui, on le sait, finira par arriver, les retrouvailles de ces deux âmes perdues. Forcément, lorsque cela finit par advenir, c'est le marasme total et on finirait presque par verser une larme avec l'héroïne devant un tel gâchis.

Certes le film n'est pas passionnant de bout en bout, un peu convenu même parfois, mais Lou Ye finit tout de même par mettre le doigt, par petites touches, sur les troubles de cette jeunesse chinoise, de cette génération pétée en plein élan. Il y parvient surtout par le biais de son héroïne qui envoûte par cette tristesse qui la submerge. Son air perdu à la suite d'un accident en vélo semble traduire à quel point elle ne s'attache pas forcément au fait de rester en vie ou non (il y a également un suicide d'une jeune Chinoise en Allemagne, ex  petite amie du  Zhou Wei, qui fait froid dans le dos). Intéressant donc au final, ce film d'un des jeunes réalisateurs les plus talentueux. Le plus dingue pour conclure c'est que l'on trouve tranquillement l'édition dvd (l'édition française) chez tout bon revendeur chinois qui se respecte... Il y a définitivement un côté de la censure qui m'échappe dans ce pays...

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