hostel_2_18Eh bien voilà une heureuse surprise pour quiconque a vu le douteux "chapitre I" de cette salace série gore : la suite est résolument meilleure, Roth ayant visiblement compris les leçons passées. La grande gageure de ce nouvel opus (qui était un peu déjà celle du précédent, mais presque malgré soi, par défaut), c'est de ne pas afficher une seule scène gore avant une heure de jeu, ce qui, pour un film d'horreur d'1h30, est tout de même audacieux. Cet effet de style était encombrant dans le I, et n'était que la preuve de la pauvreté d'imagination du gars pour construire une histoire ; ici, c'est tout le contraire : c'est bien cette première heure qui est la plus intéressante.

Hostel2Grâce en soit rendue aux personnages d'abord : Roth s'attarde non seulement sur les victimes futures des tortionnaires (3 nanas modernes et bien campées), mais aussi et surtout sur les tortionnaires en question. Il évite du coup toute l'ambiguité raciste passée, en présentant deux Américains moyens tentés par la montée d'adrénaline du meurtre sadique. L'un est un beauf avide de puissance, joué en force par Richard Burgi (un des méchants de 24) ; l'autre un faible voulant se donner un semblant de virilité, joué finaud par Roger Bart (un des méchants de Desperate Housewives). En leur donnant de la place, de l'épaisseur psychologique, en donnant tout simplement un passé aux personnages, en collant un visage sur le danger, Roth réussit ce qu'il avait raté précédemment : rendre palpable l'horreur de l'âme humaine. C'est le sujet même de la série des Hostel, et on touche enfin à quelque chose de précis.

hostel2dvd1bBon alors attention, c'est quand même pas du Bergman, hein. Hostel part II est tout de même assez crétin pour beaucoup de choses : une scène gore ridicule qui voudrait se la péter en mêlant Eros et Thanatos dans une sorte d'orgie sanguinaire ; des comédiennes à qui on ne demande que de hurler et qui ne semblent pas capables de beaucoup d'autres choses ; une vision de la féminité assez douteuse ; et toujours cette phobie de l'étranger (encore une fois la Slovaquie, à mon avis le gars y a passé de mauvaises vacances étant petit). "Il n'y a aucun endroit vraiment sûr en Europe", entend-on dans le film ; dans la bouche d'un Américain de base, ça gêne un peu. Le gars va jusqu'au bout de sa hantise de l'Europe, en poursuivant le héros de l'opus I jusque... en Italie (quelle horreur !) pour le trucider enfin. Ces Slovaques sont vraiment prêts à aller jusqu'au bout du monde...

hostel_part_3Mais par-dessus ces défauts, il y a cet humour morbide qui fait mouche (une scène finale totalement en porte-à-faux de tout le reste), et une façon originale de camper les atmosphères. Plus que les scènes de tuerie attendues, c'est la montée de l'angoisse, toujours repoussée, qui fonctionne bien : belle utilisation de décors sordides et moites, emploi "kubrickien" de tronches étranges, belle mise en scène des profondeurs de champ. Quelques séquences sont vraiment inventives, comme cette vente aux enchères de jeunes filles à tuer, par portables interposés, qui dessine une sorte de mondialisation du meurtre très efficace ; ou comme cette émasculation totalement affreuse (oui), qui montre que Roth n'est pas qu'un ado attardé, et qu'il sait raconter quelque chose de la virilité. Bref, moins de gore, plus d'angoisse ; moins d'yeux arrachés, plus de personnages. Satisfecit, toutes proportions gardées.