holy_mountain_la_montana_sagrada_0

Je crois qu'au Panthéon des cinéastes les plus allumés, Jodorowsky tient dignement son rang. Univers déjanté, provocation religieuse en tout genre, sexe à tous les étages, casting et décors qui feraient passer un Fellini  pour une boîte de Playmobil, on comprend que l'Alejandro provoqua à son époque quelques remous. Plus abouti que ses précédents films, on se retrouve dans un univers avec 23 trouvailles à la minute et un imaginaire surréaliste et psychédélique qui oscille entre la création pure (chaque univers des habitants des planètes du système solaire est un monde à lui tout seul) et le pire du mauvais goût (pas très fan des cadavres de chiens crucifiés, ou du vieux qui enlève son œil de verre pour le donner à une petite fille au milieu de prostituées, glurp).

18moun600

Il s'agit de bout en bout d'un coup de pied dans la fourmilière cinématographique, qu'inaugure une magnifique prise de Mexico par des crapauds déguisés en prêtres espagnols attaquant des caméléons magnifiquement vêtus d'habits incas - cela s'achève sous des litres de sang. On suit ensuite une sorte de Jésus Christ des temps modernes qui choisit son élue parmi des prostiputes qui sortent d'une église, et qui se bat parmi des monceaux de Christs en plâtres. Lors d'une séquence d'une beauté transcendantale (sortons les grands mots), il escalade un immense bâtiment rouge et parvient chez un mystérieux alchimiste qui transforme sa merde, en la faisant bouillir, en or -qui a bizarrement la forme d'une huître (bon là je résume, j'omets volontairement 3000 détails); l'alchimiste n'est autre que l'Alejandro himself qui lui présente ses sept futurs compagnons d'arme. On a alors droit à un défilé fantasmagorique de personnages plus hallucinés et hallucinants les uns que les autres : usine où l'on fabrique des faux-culs, chef de la police qui collectionne les paires de couilles (bon et mauvais goût, j'avais prévenu), enfants dressés pour se battre contre les indigènes péruviens... Le mercantilisme de notre bien belle société de consommation en prend pour son grade, tout cela respirant le délire le plus burlesque et les orgies bon enfant... Bref, sous la direction du fameux alchimiste, nos hommes partent à la conquête de la montagne sacrée pour trouver l'immortalité; notre Jésus-Christ, pardon Le Voleur, y trouvera l'amour alors que le reste se retrouvera assemblé autour d'une table : dans un grand éclat de rire, Alejandro demande qu'on élargisse le champ pour nous montrer que cela, ben ouais, c'est que des images, du cinoche quoi, et qu'il va falloir quitter la comédie pour retourner à la réalité...

holy_mountain_la_montana_sagrada_1

Il y a certes quelques longueurs, un ésotérisme année 70 un peu gonflant, mais l'ensemble demeure relativement bluffant; on se demande qui a pu avoir l'audace de produire un tel délire visuel, certaines séquences de foule dépassant l'entendement - tous les décors sont chiadés, sans parler des costumes et des milliers d'accessoires créés pour le film -, mérite dix fois l'Oscar l'accessoiriste. Ça sent souvent le pétage de plombs à grande échelle effectué sous drogue douce et c'est rafraîchissant comme tout. Jodorowsky, à 80 printemps, annonce un film pour 2009, avec Nick Nolte et Marylin Manson, ce sera une occasion de voir s'il n'a point perdu sa verve.